Demeulenaere-Douyere, Christiane. Paul Robin et l’éducation intégrale : principes et expérimentation

Écoles libertaires et cercles culturels. Voir aussi : "Éducation"ROBIN, Paul (1837-1912)Orphelinat de Cempuis DEMEULENAERE-DOUYÈRE, Christiane (1948-....)Rencontres et Colloques. Journées d’hommage à Francisco Ferrer 90° Anniversaire de son assassinat par l’Etat espagnol. Bieuzy (Morbihan) 1999FOURIER, Charles (1772-1837)Phalanstère

Christine Demeulenaere-Douyere est historienne, chartiste, spécialiste de Paul Robin sur lequel elle a écrit un ouvrage.

La partie théorique de l’oeuvre de Robin est publiée dès 1869, sous forme de trois articles. La société est divisée entre eux qui travaillent et ceux qui jouissent. Il s’agit pour chacun de participer à la vie collective. Chacun doit dans ce but développer toutes ses facultés, au rythme de son évolution, sans encyclopédisme.

L’éducation a pour but d’émanciper l’homme. Elle commence d’abord par l’éducation des sens, à travers des exercices de jeux à l’initiative du maître, et qui va de pair avec l’éducation du corps.

L’éducation intellectuelle : écouter, lire, parler et écrire. La pédagogie en vigueur ne développe pas assez le lire et le parler, de manière à dépasser ce qui est traditionnellement fait et qui consiste à écouter le maître. Contre les difficultés de l’orthographe, il propose la sténographie. Il accorde une place important à la musique.

Son maître mot consiste à apprendre à raisonner. Il privilégie l’initiation aux sciences qui doit partir du concret. Les enfants construiront un observatoire de fortune dans la cour de l’école. Les aînés (« petits papas et petites mamans ») aident les plus jeunes dans leurs travaux les plus faciles.

Le cadre scolaire, ennuyeux, imposant doit éclater : laboratoires-ateliers, expositions de toutes natures, musée de mathématiques, observatoire, jardin, ménagerie, laboratoire spécial permettant d’étudier les moeurs des êtres vivants.

Le financement n doit pas venir de l’État. L’établissement doit être autosuffisant, payé par les enfants eux mêmes.

Le mode d’organisation : c’est une microsociété égalitaire, où dans la période transitoire l’esprit de révolte devient la première des vertus.

Influencé par Comte, Fourier et Considérant.

L’expérience de Cempuis, commencée en 1880, dans un endroit reculé de Picardie, comprend des enfants de 4 à 13 ans comme des frères et des soeurs naturelles, les familles des enseignants etc. participent, avec leurs rites, leur vie sociale. Le vieux rêve du phalanstère est partiellement réalisé. Ainsi les enfants font leurs propres habits. La « grande famille de Cempuis » est destinée à remplacer la famille naturelle. La piscine a été creusée par les enfants.

Des enfants chétifs, issus de milieux urbains défavorisés deviendront des sportifs, des ouvriers manuels adroits, exerçant des travaux divers, ce qui leur permettra de choisir en connaissance de cause leur métier. Quand ils sortent à 16 ans, ils ont un métier en main.

Sur le plan intellectuel, il s’agit surtout de donner l’envie d’apprendre. La méthode s’appuie sur le caractère de l’enfant : sa curiosité, son initiative personnelle, etc. L’enseignement suit le programme officiel, mais donne une place prépondérante aux sciences. Les matières littéraires sont suspectes de subjectivité et abordées avec prudence.

Au plan moral, la morale n’est pas une science mais un exemple. L’orphelinat est un modèle de société où tous les membres doivent se convaincre que le bonheur de chacun est le bonheur de tous. L’éducation morale vise à écarter les idées fausses, comme l’idée religieuse. On écarte le sentiment de patriotisme.

En conclusion, les résultats et concours démontrent que l’objectif intellectuel a été réalisé. Ce laboratoire social, destiné à fonder des personnes qui modèleront la société nouvelle est finalement élitiste. Si Cempuis est une authentique expérience d’éducation intégrale, ce qui a empêché qu’elle passe inaperçue.

Quand Robin est obligé de démissionner, il s’orientera sur autre chose, l’eugénisme.

Compte-rendu par Ronald Creagh. Cet exposé a été présenté aux Rencontres de Bieuzy (1999. Hommage à Ferrer)