HADAMACHE, Tahar. "Un passage réussi de la culture vécue, à la Révolution et à la mémoire collective : L’internationaliste kabyle SAÏL Mohamed (1894-1953)"

Afrique : AlgériePopulation. KabylesAfrique : AlgériensHADAMACHE, TaharSAIL, Ameziane (Mohand Ameziane ben Ameziane Saïl, [Tawrirth, Aït Ouaghlis, Algérie 14 avril 1894-avril 1953])

A la mémoire de Hacène Bellache, syndicaliste SATEF, et de Salem Yeysi, militants du MCB.

A Georges Rivière en le remerciant de l’intérêt qu’il porte à cette personnalité oubliée.

SAIL Mohamed a eu la chance de naître dans l’une des rares « tribus » du massif du Djurdjura à bénéficier d’écoles pour enfants indigènes [1]. « Il semble qu’il n’a pratiquement pas fréquenté l’école » (Sylvain Boulouque, Migrance n° 3, 1er trimestre 1994) [2]. Etant de souche paysanne et d’une famille relativement nombreuse, il est quasiment inutile de chercher à savoir s’il avait bénéficié d’un enseignement dans l’une des plusieurs zaouias maraboutiques du coin. Cette chance le conduisit, on peut le supposer, à voir le monde qui l’entourait, ceux qui prenaient le chemin de l’école coloniale ou des cercles de tolbas, puis les livres et, à travers eux, le monde proprement dit, en prenant appui d’abord sur ses éléments culturels acquis de culture orale. Même si, nourrie par l’histoire sociale qui fait naturellement partie de l’oralité et des usages non écrits de sa région, sa pensée est évidemment imprégnée de la théorie libertaire, il ne peut y avoir meilleure explication que celle-ci à la confiance qu’il avait en ses compatriotes d’égal statut social, à l’époque et à sa certitude que, s’il n’y avait un besoin d’éducation et de culture, ses compatriotes auraient pu être « considérés comme d’authentiques révolutionnaires frisant l’anarchie ». Et s’il avait autant d’estime pour « la masse des travailleurs manuels » dans laquelle « on trouve l’intelligence robuste et la noblesse d’esprit », il n’en a pas moins de mépris pour la « horde des ’intellectuels’’ [qui] est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux ».

Quand il confiait ces jugements au Libertaire du 16 février 1951 (cela fait 54 ans), SAIL Mohamed n’avait sous les yeux que le Caid des Ait Ouaghliss, militant de la formation élitiste UDMA, les marabouts à la tête desquels ceux nombreux de son douar mais aussi les Ben-Ali Chérif, Bachagha de père en fils depuis l’installation de l’armée française dans cette contrée, dont l’autorité dépasse largement la Soummam, les staliniens dont le totalitarisme faisait d’innombrables victimes parmi les bolchéviks en Sibérie et peut-être même au Mexique mais qui, dans le contexte de son pays, de son douar, n’ont rien pu changer à la donne bien qu’ils aient pu réussir une percée à l’Assemblée « Gubernatoriale » d’Alger dont l’un des élus se trouvait être un fils de son douar, en l’occurrence DJEMMAD Md Chérif. Ah ! Il y avait aussi le PPA dont le chef était aussi un travailleur manuel de Tlemcen, un autodidacte pourrait-on dire aussi puisqu’il ne se satisfit pas de l’enseignement religieux de la Zaouia de son patelin d’enfance à Tlemcen mais qui avait, sans doute une somme de caractéristiques qui ne sont pas de nature à lui agréer : accointances avec les staliniens, avec les « intellectuels » de l’UDMA, avec les « chefs politiques, militaires et spirituels des pays du levant » mais, chose qui certainement gache tout, cette récente dissolution de l’organisation qui permettait d’espérer la révolution : l’Organisation spéciale, OS, dont allait naître le CRUA puis le FLN et le 1er novembre 1954 à peine plus d’une année après son décès. Non, mais il ne pouvait rien espérer des gens du PPA, au vu de ces données, surtout que l’un des militants connus du PPA à Beni Ouaghliss était originaire de son propre village, de sa propre Taourirt (colline) ; s’il ne le connaissait pas directement étant sans doute né après son départ en France d’où il ne rentra plus, il a du bien connaître son père, le Caïd des Ait Ouaghliss.

Avant d’aller plus loin, demandons-nous d’où peut lui venir cette image de « horde d’intellectuels » et, ceci étant dit, pourquoi tenait-il à ajouter dans la même phrase que les éléments de cette « horde » sont « dénués de tout sentiment généreux ».

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[1Voir « Monographie de la commune mixte de Sidi Aich », Auguste Veller, instituteur public, 1888, dans l’annotation 11 de son introduction rédigée par Djamil Aissani, professeur de mathématiques et président du Groupe d’Etude de l’Histoire des Mathématiques à Béjaia (GEHIMAB) à l’université Abderrahmane Mira de Béjaia, et Judith Scheele, doctorante en anthropologie à Oxford, Grande Bretagne. Editions IBIS-Press, Paris, 2004. Les auteurs de l’introduction citent Fanny Colonna, directeur de recherche émérite au CNRS, France, dans son ouvrage référencé comme suit. 1975:108.

[2Sa chance est un peu équivalente à celle de ma grand-mère née pas très loin de la célébrissime bibliothèque et non moins illustre Timaamert de Chellata. Elle apprit tout ce qu’elle avait pu, en arabe, au coin du feu, quasiment sans maitre(sse). Elle fut soufflée par une bombe en 1958, réduite en compote et décédée quelques saisons plus tard. Mais n’en faites pas une histoire : elle ne figure sur aucun martyrologue et ne fait donc pas partie du chiffre objet de spéculation ; étant enterrée dans la précipitation, de crainte de nouvelles « corrections » militaires, à la suite de précédents enterrements et avant d’autres encore, on a fini par perdre sa tombe même ; le deuil fait, le lien fut perdu.