L’AMINOT, Tanguy. "Henri Roorda, lecteur de l’Emile"

BAKUNIN, Mihail Aleksandrovič (1814-1876)RECLUS, Élisée (1830-1905)ROUSSEAU, Jean-Jacques (1712-1778). Philosophe et écrivain français ROORDA, Henri (1870-1925)L’AMINOT, Tanguy (1948-....)

Texte paru dans Orbis Litterarum (Copenhagen, Danemark), vol. 58, n°1, 2003, p. 44-64.

Henri Roorda

(1870-1925) est apparemment quelque peu oublié dans la liste des théoriciens et

réformateurs de l’éducation moderne, bien que les éditions L’Age d’Homme aient

publié vers 1970, sous le titre d’ailleurs inexact d’Œuvres complètes, deux volumes de ses écrits. Le texte qui figurait

en quatrième page de couverture à ces ouvrages présentait plus <span

class=SpellE>Roorda comme "le plus grand humoriste de Suisse

romande" que comme un penseur de la pédagogie. L’éditeur précisait qu’il

avait retenu les "œuvres littéraires d’Henri Roorda"

et écarté les manuels scolaires, ainsi que les contributions aux revues

scientifiques. Il aurait pu ajouter, comme nous allons le voir, qu’il avait

également éliminé une partie des écrits militants de Roorda :

à part l’un d’eux, la bibliographie figurant à la fin du second volume, les

ignore. Ces Œuvres dites complètes

offrent cependant au lecteur deux livres de combat en faveur de l’enfant. Le

premier est le plus renommé et assure sans doute la survie de la pensée de <span

class=SpellE>Roorda : Le pédagogue

n’aime pas les enfants paru en 1917, a été réédité en 1984 chez le même

éditeur, dans une collection de poche et en compagnie de deux autres textes

aussi virulents dans leur défense de l’enfant contre l’école et la stupidité

sociale, montrant ainsi que le cri poussé par Roorda

au début du vingtième siècle, conservait tout sons sens près de soixante-dix

ans plus tard

title=""><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[1]

.

Le second texte est Avant la grande

réforme de l’an 2000 et a été

publié en 1925. Les autres ouvrages figurant dans les deux volumes des <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Œuvres complètes sont surtout constitués

par les chroniques parues dans la presse de Lausanne et regroupées sous divers

titres : Mon internationalisme sentimental

(1915) ; A prendre ou à laisser

(1919) ; Le Roseau pensotant

(1923) ; Le Débourrage des crânes est-il possible ? (1924) ; Le Rire et les rieurs (1925) ; Almanach Balthasar et <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Mon suicide (1925), sans oublier

quelques pièces de théâtre.

<span

style="mso-spacerun:yes"> Henri Roorda

est néanmoins l’un des auteurs les plus radicaux parmi ceux qui ont écrit sur

l’éducation. Il doit sans doute ce caractère à son enfance et son adolescence

passées parmi des révolutionnaires. Son père, Sicco

Ernst Willem Roorda van Eysinga,

qui mourut alors qu’il eut dix-sept ans, avait dû quitter la Hollande, son pays

d’origine, à cause de ses idées radicales qui mettaient à mal de façon trop

incisive l’Etat et la bourgeoisie. Installé en Suisse, à Clarens, il

accueillait dans sa maison des philosophes anarchistes comme son compatriote

Ferdinand Domela Nieuwenhuis

ou Pierre Kropotkine et Elisée Reclus. Roorda dira

plus tard qu’il a "été éduqué par des utopistes qui voulaient absolument

accélérer le progrès de l’humanité"

href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[2]

.

Reclus influença profondément le jeune Roorda qui

fut, avec quelques jeunes gens et étudiants, parmi ses admirateurs les plus

convaincus

<span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[3]

.

Une correspondance s’engagea entre eux quand, après 1890, Reclus revint en France. En 1894, Roorda pensa

même rejoindre son mentor et ami qui venait de professer à l’Université

nouvelle de Bruxelles, mais ce projet n’eut pas de suite car <span

class=SpellE>Roorda, récemment diplômé, ne se sentait pas alors de

taille à enseigner déjà les mathématiques supérieures, et surtout parce que les

cours n’étaient pas rémunérés

name="_ftnref4" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[4]

.

Il consacra cependant un article à évoquer son attachement et sa relation avec

le célèbre géographe deux ans après la disparition de celui-ci<a

style='mso-footnote-id:ftn5' href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[5].

L’amitié qui unit le jeune homme à Reclus fut peut-être aussi à l’origine de sa

réflexion pédagogique. L’auteur de la Géographie

universelle avait publié en 1886 une brochure intitulée <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>L’Avenir de nos enfants, dans laquelle

il prenait violemment le parti de l’enfant contre ceux qui, à l’usine ou à

l’école, l’asservissaient par leur sottise, leur indifférence ou leur

brutalité.

<span

style="mso-spacerun:yes"> L’école, dans ces années 1880,

venait de connaître la grande réforme orchestrée par Jules Ferry et la

Troisième République. Loin d’être satisfaits des mesures qui allaient dans le

sens de l’instruction publique, laïque et obligatoire, les anarchistes, dont

Reclus était l’un des théoriciens, menèrent alors contre elles une forte

campagne d’opposition à travers journaux et brochures de propagande. Ces

révolutionnaires étaient conscients de l’enjeu présenté par l’éducation pour la

société à venir. Eduquer les tout-petits était chose trop importante pour être

confiée à la bourgeoisie, fut-elle socialiste. Dans Propos d’éducateur, Sébastien Faure qui créera en 1904, près de

Rambouillet, une école libertaire dénommée La Ruche, écrit : "L’école

chrétienne, c’est l’école du passé, organisée par l’Eglise et pour elle ; l’école

laïque, c’est l’école du présent, organisée par la République et pour elle ! La

Ruche, c’est l’école de l’avenir, l’école

tout court, organisée pour l’enfant, afin que cessant d’être le bien, la

chose, la propriété de la religion, de l’Etat, de la famille, de la patrie, il

s’appartienne à lui-même et trouve à l’école le pain, le savoir et la tendresse

dont ont besoin son corps, son cerveau et son cœur"

<span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[6]

.

Ce propos se situait dans le droit fil des écrits sur l’éducation publiés

depuis plusieurs années par Michel Bakounine, James Guillaume, Paul Robin et

bien d’autres penseurs libertaires. Elisée Reclus avait lui-même participé à ce

courant en rappelant à ses camarades qu’ils devaient songer à l’avenir de leurs

enfants encore plus qu’à l’amélioration de leur condition, et les élever afin

d’en faire des hommes "comme nous voudrions être nous-mêmes". Il

donnait ainsi toute son importance à l’éducation dans la lutte sociale et

annonçait déjà la dénonciation de l’école qu’entreprendra Roorda

quelques années plus tard :

Maintenant que l’école est laïque, la formule

religieuse a été  remplacée

par une formule de grammaire, les sentences latines incompréhensibles ont fait

place à des mots français qui ne sont pas plus clairs. Que l’enfant comprenne

ou non, peu importe ; il faut qu’il apprenne suivant un formulaire tracé

d’avance. Après l’absurde alphabet qui lui fait prononcer les mots autrement

qu’il ne les lit et l’habitue ainsi d’avance à toutes les sottises qui lui

seront enseignées, viennent les règles de grammaire qu’il récite par cœur, puis

les barbares nomenclatures qui s’appellent la géographie, puis le récit de

crimes royaux qu’on nomme l’histoire. Et comment l’enfant bien doué peut-il, à

la longue, débarrasser sa cervelle de toutes ces choses qu’on y a fait entrer

de force, en s’aidant parfois de martinet et de pensums ! D’ailleurs, ces écoles

sont-elles sans esclavage, sans heures de retenue et sans barreaux aux

fenêtres ? Si l’on veut une génération libre, que l’on démolisse d’abord les

prisons appelées collèges et lycées !"

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[7]

Les écrits de Roorda,

quelques années plus tard, développeront ces mêmes arguments.<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> Henri Roorda

est proche des anarchistes, tout au moins dans la première partie de sa vie. Le

16 juin 1892, peu après l’arrestation de Ravachol, il écrit une longue lettre à

Ferdinand Domela Nieuwenhuis,

dans laquelle il se déclare anarchiste : "Depuis les explosions de Ravachol

on a dit beaucoup de mal des anarchistes mais il est clair que je n’en suis pas

moins des leurs. Et même en voyant les protestations des républicains de toutes

nuances je me suis senti de plus en plus révolutionnaire"<a

style='mso-footnote-id:ftn8' href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[8].

Il adresse des articles à La Révolte,

dont s’occupe alors Jean Grave

name="_ftnref9" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[9]

.

Deux ans plus tard, il écrit au même pour exprimer sa sympathie à l’égard de <span

class=SpellE>Casério qui vient d’assassiner le président de la

république Sadi-Carnot, à Lyon. Il explique comment il profite de cours

particuliers pour convertir une jeune élève à ses idées et annonce qu’il

prépare un roman anarchiste

name="_ftnref10" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[10]

.

Alors qu’il n’a pas encore atteint sa trentième année, en 1898, il publie son

premier manifeste en faveur de l’enfance - L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité - dans L’Humanité nouvelle, une revue socialiste fondée l’année précédente

par Augustin Hémon, les frères Reclus, Clémence Royer, etc. L’essai est

aussitôt repris par l’anarchiste Jean Grave pour être publié dans le <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Supplément littéraire des Temps nouveaux

et F. Domela Nieuwenhuis

lui fait écho peu de temps après dans une conférence célèbre sur l’éducation

libertaire

title=""><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[11]

.

Le Supplément littéraire des <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Temps nouveaux reprit en 1907 un<span

style="mso-spacerun:yes"> autre texte de Roorda

paru en avril 1902 dans La Revue blanche :

"La notion du Parfait dans l’enseignement". Roorda

publia aussi en août 1902 dans cette même revue une analyse sur "les

effets de l’éducation moderne" et, en juillet et octobre 1908, dans le <span

class=SpellE>Boletin<i

style='mso-bidi-font-style:normal'> de la Escuela <span

class=SpellE>moderna du pédagogue libertaire Francisco Ferrer deux

autres études aux titres révélateurs : "La escuela

y el saber inutil"

(L’école et le savoir inutile) et "El escolar es

un procesado" (L’écolier est un prévenu)<a

style='mso-footnote-id:ftn12' href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[12].<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> Ces textes qui ne figurent

pas dans l’édition des Œuvres <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>complètes de L’Age d’Homme, feront

l’objet de la première partie de notre étude. Ils constituent la forme la plus

radicale et la plus incisive de l’attaque menée par Roorda

contre l’édifice scolaire. Son œuvre ne se réduit pourtant pas à l’anarchisme.

Le combat qu’il mènera par la suite sera tout aussi acharné à montrer que

l’école écrase l’enfant tant sur le plan physique qu’intellectuel, mais <span

class=SpellE>Roorda aura plus la volonté de toucher un public moins

militant. Dans Le Pédagogue n’aime pas

les enfants qui paraît en 1917, il s’adresse à ses collègues enseignants et

à ceux qui peuvent apporter quelques changements efficaces dans la pesante

institution scolaire. Sans trop y croire d’ailleurs, car ce qui caractérise les

écrits de Roorda est à la fois cet enthousiasme

évident quand il prend la défense des enfants et un humour qui met quelque

distance dans le propos : il a lui-même parlé du "pessimisme joyeux"

pour définir son attitude. Roorda ne renonça

cependant jamais à exposer ses idées et il est ainsi chargé en octobre 1916 de

présenter un rapport sur le "rôle que peut jouer l’enseignement des

mathématiques dans l’éducation intellectuelle des écoliers" à la

dix-neuvième assemblée de la Société suisse des professeurs de mathématiques, à

Baden. Cette dernière le lui a demandé pour s’opposer à un autre rapport de

l’Education nationale suisse qui souhaitait proposer un allégement de la partie

scientifique de l’enseignement scolaire au bénéfice des branches dites de

culture générale. La communication de Roorda qui

paraît l’année suivante dans L’Enseignement

mathématique et présente un résumé

des positions publiées dans Le Pédagogue

n’aime pas les enfants, suscite l’approbation de ses collègues<a

style='mso-footnote-id:ftn13' href="#_ftn13" name="_ftnref13" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[13].

Peut-être plus significative de ce retrait de Roorda

vis-à-vis de l’engagement militant est, dans ses écrits, l’absence de référence

ou d’allusion à l’école Ferrer créée en 1910 à Lausanne, par le docteur Jean <span

class=SpellE>Wintsch, médecin scolaire, professeur à l’université de

cette ville et fondateur en 1915 du journal libertaire La Libre Fédération : l’école ouvrit en effet ses portes en novembre

1910, avec vingt-sept élèves, et ferma en avril 1919, par suite de la guerre et

de ses conséquences financières. Roorda fut cependant

parmi les fondateurs de cette institution, et l’on peut s’étonner de son

silence dans ses écrits

name="_ftnref14" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[14]

.<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> En 1925, l’année de sa mort,

paraîtra encore un essai de Roorda en faveur de

l’enfance et d’une éducation plus intelligente, mais qui reflète la lassitude : <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Avant la grande réforme de l’an 2000. Le

7 novembre, l’auteur se suicidait, laissant une courte lettre qui contenait ces

mots : "J’ai tout usé en moi et autour de moi, et cela est

irréparable".

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Dans Le Pédagogue n’aime pas les enfants, Roorda,

avec la distance humoristique qui lui est coutumière, écrit que ses jugements

en matière d’éducation ne font qu’exprimer ses goûts personnels, mais qu’il

n’aurait pas formé le projet d’écrire ce livre s’il n’avait "pas été

fréquemment enthousiasmé par l’éloquence de tant d’écrivains anciens et

modernes qui défendent l’enfant contre l’Ecole"

<span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[15]

.

Roorda cite cependant assez peu de noms dans ses

écrits, mais parmi ceux que l’on trouve, Rousseau occupe sans nul doute la

première place. L’auteur d’Emile est

notamment cité à plusieurs reprises dans le premier essai publié par <span

class=SpellE>Roorda en 1898, L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité.

Même quand elle n’est pas explicite, sa présence est sensible pour toute

personne ayant lu le traité d’éducation de Jean-Jacques. Celui-ci a d’emblée

une valeur d’opposition à la conception traditionnelle et officielle de

l’école, telle que l’instaure la Troisième République. Aux ministres et

fonctionnaires de l’Education nationale qui envisagent l’école comme un moyen

de former les hommes de la cité future (on parlerait aujourd’hui de

l’apprentissage de la citoyenneté), Roorda rappelle

les paroles de Rousseau qui figurent au début d’Emile :

Il

faut opter, dit Rousseau, entre faire un homme ou un citoyen, car on ne peut

faire à la fois l’un et l’autre

Cette incompatibilité nous paraît manifeste.

Eh bien ! nous voudrions que l’Ecole fît des hommes et non pas des

citoyens qui se laisseraient sans résistance ranger  dans les compartiments de l’ordre d’où ils n’auraient bientôt

plus la force de sortir"

href="#_ftn16" name="_ftnref16" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[16]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

L’école républicaine, en cette fin

du dix-neuvième siècle, éduque les enfants pour leur donner une place bien

définie dans la société de demain : aux enfants d’ouvriers et de paysans,

convient l’école primaire ; aux enfants de la bourgeoisie, l’école secondaire,

puis l’enseignement supérieur. L’école, loin d’être un lieu d’épanouissement

pour l’enfant, apparaît à Roorda comme un endroit où

on lui apprend avant tout à s’intégrer dans le monde des adultes qui l’attend.

Elle est de la sorte une institution garante de l’ordre social existant. Elle

habitue ceux qu’on lui confie à respecter des valeurs et des systèmes qui

existaient avant lui et qui, le plus souvent, sont fondés sur l’injustice et la

misère d’une partie de l’humanité. mais alors que Rousseau proposait à son

élève une éducation radicalement différente de celle qui avait cours dans les

collèges de son temps, Roorda ne se situe pas en

dehors du cadre scolaire existant. Il ne décrit pas tant un nouveau système

qu’une manière de rendre plus tolérable la situation de l’enfant pendant les

années qu’il passera en classe Il admet le cadre scolaire actuel, tout en en

contestant vigoureusement les méthodes et les projets.

Tout comme Rouseau,

Roorda place l’enfant au centre de sa réflexion et

lui subordonne les programmes, les techniques et les enseignants. Il est

persuadé comme le gouverneur d’Emile et comme Julie dans La Nouvelle Héloïse que l’enfance est un état passager qui ne dure

pas et ne reviendra plus jamais. En fonction de quoi, il doit être vécu

pleinement et joyeusement par l’enfant. On se souvient du tableau saisissant

que Rousseau dresse au livre second d’Emile,

quand il se figure "un enfant de dix à douze ans, sain, vigoureux, bien

formé pour son âge[...], bouillant, vif, animé, sans souci rongeant, sans

longue et pénible prévoyance, tout entier à son être actuel, et jouissant d’une

plénitude de vie qui semble vouloir s’étendre hors de lui :

L’heure sonne, quel changement ! A l’instant

son œil se ternit, sa gaieté s’efface, adieu la joie, adieu les folâtres jeux.

Un homme sévère et fâché le prend par la main, lui dit gravement : <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>allons Monsieur, et l’emmène. Dans la chambre où ils entrent, j’entrevois

des livres. Des livres ! quel triste ameublement pour son âge ! Le pauvre enfant

se laisse entraîner, tourne un œil de regret sur tout ce qui l’environne, se

tait et part les yeux gonflés de pleurs qu’il n’ose répandre, et le cœur gros

de soupirs qu’il n’ose exhaler"

href="#_ftn17" name="_ftnref17" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[17]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Pour Roorda,

la scène se reproduit quotidiennement cent cinquante ans plus tard, non plus

dans le cadre de l’éducation domestique où un précepteur enseigne à un élève,

mais dans celui de l’école publique où un maître doit s’occuper d’une classe de

vingt à trente élèves. Il rappelle qu’en cette fin du dix-neuvième siècle,

"les écoles sont de locaux fermés où, dès l’âge de huit ou neuf ans,

restent assis, cinq ou six heures par jours, les mioches de la race. ils ne

bougent guère, retenus par cet ordre souvent répété : "restez

tranquille" ; Silencieux, ils écoutent un de leurs camarades réciter sa

leçon, ou le maître qui explique le nouveau chapitre à apprendre. C’est affreux

le silence qui règne dans certaines salles d’école"

<span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[18]

.

Dans Le Pédagogue n’aime pas les enfants,

Roorda poursuit son plaidoyer en affirmant que

l’école vole aux enfants en les immobilisant "durant des milliers d’heures

dans l’attitude de l’écolier qui écoute, ou qui fait semblant"<a

style='mso-footnote-id:ftn19' href="#_ftn19" name="_ftnref19" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[19].

Est-il nécessaire, demande-t-il, de retenir ainsi de jeunes êtres pleins de vie

pendant des heures, alors que deux heures par jour pendant sept ou huit ans

suffiraient pour leur apprendre la science rudimentaire de lire, écrire et

compter qu’on exige d’eux ?

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda

va plus loin. Il montre que l’écolier est dans la situation d’un prévenu en

face d’un maître qui a la rigueur et le pouvoir d’un juge : l’enfant est

régulièrement soumis à des interrogatoires et doit demeurer durant des heures

enfermé, assis, immobile, silencieux et inoccupé. alors que Rousseau, dans <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Emile, insistait sur la variété des

activités d’Emile et sur le plaisir toujours présent qu’il connaissait, <span

class=SpellE>Roorda souligne que, dans les classes modernes, les enfants

font tous en même temps la même chose : en dépit de la richesse apparente des

programmes, leur vie est très monotone et l’imprévu est exclu de leur univers :

Ces collégiens sont quelquefois intéressés par

ce qu’on leur apprend ; mais on les

enferme beaucoup trop longtemps. En classe, ils s’habituent à l’inaction. Et

ils s’ennuient. La patience qu’on enseigne à l’écolier est celle dont nous faisons

preuve  dans le salon d’attente d’un

dentiste : attendre ; regarder sa montre ; se résigner et se dire in petto :

"Je voudrais bien m’en  aller""<a

style='mso-footnote-id:ftn20' href="#_ftn20" name="_ftnref20" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[20]<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> Rentrés chez eux, les écoliers

continuent d’être soumis au travail studieux de l’école qui leur enlève toute

joie de vivre, car les parents prennent le relais du maître et imposent à

l’enfant, qui vient déjà de consacrer dix heures de sa journée à l’étude, de

continuer. Roorda n’hésite pas à noircir le tableau

pour le rendre plus saisissant

name="_ftnref21" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[21]

.

Il affirme que dans certains pays où l’instruction est obligatoire et où les

enfants doivent savoir lire et écrire à sept ans, "on voit parfois dans

des coins trop sombres, le dos ployé, les genoux près du menton, de pauvres

petits êtres qui lisent d’ineptes histoires, parce que, avec plus ou moins de

douceur, on leur a inculqué le goût de la lecture

<span

style="mso-spacerun:yes"> Lire est toujours le fléau de

l’enfance, et peut-être plus qu’au dix-huitième siècle, puisque l’école

publique a fondé sa pratique sur cette activité. Roorda,

ici aussi, fait appel à Rousseau pour condamner cette manie. On peut s’étonner

de cette attaque menée contre la lecture, d’autant plus que depuis la parution

d’Emile, nombre d’auteurs s’en sont

pris à Rousseau sur ce point. N’est-ce pas là une attitude réactionnaire à une

époque où l’instruction apparaît comme le fondement de tout progrès individuel

et social ? Roorda est à cet égard aussi rigoureux que

son maître, puisqu’il demande "que l’enfant n’apprenne pas à lire avant

l’âge de dix ou onze ans. Qu’il attende même parfois une année ou deux de plus.

S’il n’est pas de ceux qui seront pris très jeunes par le travail des champs ou

de l’usine, ce retard n’aura pour lui qu’un excellent effet"<a

style='mso-footnote-id:ftn23' href="#_ftn23" name="_ftnref23" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[23].

En fait, tout comme Rousseau, Roorda ne condamne pas

la lecture en tant que telle, mais bien parce qu’elle a deux conséquences très

négatives pour l’enfant quand celui-ci la pratique trop tôt, comme c’est le cas

dans l’éducation traditionnelle et à l’école.

<span

style="mso-spacerun:yes"> Une conséquence physique d’abord,

puisqu’elle oblige l’enfant à rester immobile à l’âge où il doit bouger,

s’ébattre, courir. Le corps est alors sacrifié à l’esprit. Roorda,

comme Rousseau, est convaincu que les enfants manifestent leur santé par la

joie dont ils font preuve dans leurs jeux : ceux-ci sont la véritable expression

de l’enfance. L’école moderne a certes pensé à consacrer quelques heures aux

activités physiques, mais Roorda ne voit là qu’une

mesure sans importance réelle. Dans Les

Effets de l’éducation moderne, il

écrit :

Les pédagogues procèdent comme s’ils croyaient

que pour  cultiver l’esprit de

l’enfant il faut provoquer le continuel affaissement de son corps. Ce ne sont

pas les deux maigres leçons de gymnastique qui se donnent chaque semaine qui

prouveront le contraire de ce que j’avance. Dans ces leçons comme dans les

autres le maître dit à ceux qui bougent : "Restez tranquilles !" ; ou,

plutôt, il articule d’une voix forte : "Silence dans les rangs !". Oh !

ces rangs d’une rectitude parfaite d’où, à un signal donné, vingt jambes

parallèles sortent en même temps ! Sans doute, à notre époque, on parle beaucoup

des bienfaits de l’éducation physique ; mais c’est dans les livres, les revues

et les journaux qu’on en parle. Je connais des écoles où, pour les élèves de dix

ans comme pour les autres, l’histoire est une branche essentielle et la

gymnastique une branche secondaire. Content de ne pas avoir oublié tout son <span

style='mso-tab-count:1'> latin, on répète :

Mens sana in corpore

sano, mais on ne demande d’embellissement des

âmes qu’à des cours d’histoire, de morale ou d’instruction civique et à des

"résumés" de littérature. Et voilà pourquoi, madame, votre fille, qui

est myope, maladive, disgracieuse et sans joie, n’est pas muette sur le

chapitre de la Pléiade ni sur celui des empereurs romains"<a

style='mso-footnote-id:ftn24' href="#_ftn24" name="_ftnref24" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[24].>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> A la suite de Rousseau et de

nombreux pédagogues, Roorda rappelle que le jeu est

essentiel à l’enfance et qu’il peut être le support qui permet d’acquérir

d’autres connaissances. C’est en jouant que l’enfant peut s’approprier

"des notions importantes sur les rapports numériques des choses"<a

style='mso-footnote-id:ftn25' href="#_ftn25" name="_ftnref25" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[25].

Le corps de l’enfant est en quelque sorte la base sur laquelle s’édifiera sa

vie future ; il ne doit pas être sacrifié au profit de matières scientifiques et

intellectuelles.

<span

style="mso-spacerun:yes"> La seconde conséquence de

l’enseignement livresque est que les enfants s’habituent à ne considérer le

monde qu’au travers des mots. Rousseau se moquait des précepteurs qui étaient

satisfaits de leurs élèves parce que ceux-ci jasaient comme de grandes

personnes ou étaient capables d’aligner, pour satisfaire la vanité de leurs

parents, des séries de mots dont le sens leur échappait totalement. Ce

qu’enseignent les pédagogues aux enfants, disait-il, ce sont "des mots,

encore des mots et toujours des mots. Parmi les diverses sciences qu’ils se

vantent de leur enseigner, ils se gardent bien de choisir celles qui leur

seraient véritablement utiles, parce que ce seraient des sciences de choses et

qu’ils n’y réussiraient pas, mais celles qu’on paraît savoir quand on en sait

les termes : le blason, la géographie, la chronologie, les langues, etc. Toutes études

si loin de l’homme et surtout de l’enfant que c’est une merveille si rien de

tout cela lui peut être utile une seule fois en sa vie"<a

style='mso-footnote-id:ftn26' href="#_ftn26" name="_ftnref26" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[26].

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda

voit dans l’école de la fin du dix-neuvième siècle la même attitude. A

l’univers réel, elle substitue un monde formel et vide qu’elle a fabriqué avec

des mots : "Elle enseigne des règles, des classifications ; elle montre des

chefs-d’œuvre, des modèles, formes depuis longtemps refroidies, que la vie

anima une heure. On peut dire que la paléontologie est la seule science que

l’école ait jamais enseignée"

href="#_ftn27" name="_ftnref27" title=""><span

class=MsoFootnoteReference>

.

L’école, en effet, n’a pas le temps. le maître qui a affaire à cinquante

élèves, de caractère et d’intelligence variés, est contraint de présenter un

savoir tout fait pour respecter le programme et aborder toutes les matières.

Pas question pour lui de "laisser mûrir l’enfance dans l’enfant"

comme le voulait Rousseau. Il est celui qui a la connaissance face à ceux qui

ne l’ont pas et les écoliers, dans un tel système, finissent par n’être plus

que des compteurs de fautes. Savoir est pour eux savoir répéter : on leur

apprend la parodie de la pensée, mais non pas à penser par eux-mêmes. <span

class=SpellE>Roorda s’en prend violemment à l’institution scolaire qui

prépare les futurs citoyens à accepter sans aucun sens critique les discours

qui les alièneront à tout jamais. "L’Ecole ne veut pas que l’enfant soit

l’enfant. Elle veut qu’il parle le jargon du spécialiste et qu’il soit la

caricature de l’homme"

name="_ftnref28" title=""><span

class=MsoFootnoteReference>[28]

.

La science qu’on enseigne à l’écolier est stérile, car elle est immobile et

imprévue ; l’école donne à sa pensée une forme définitive : elle pense pour lui. <span

class=SpellE>Roorda n’a pas de mots assez durs pour condamner cette

"perfection" que croit atteindre le maître chez le "bon

élève" :

 

On ne peut pas mieux souligner la faute

irréparable que l’Ecole commet en abrégeant notre enfance. Répétons-le : on <span

style='mso-tab-count:1'> oblige

trop tôt l’écolier à parler la langue des adultes ; on lui enseigne trop tôt la

science et la sagesse des adultes ; et on lui  impose

beaucoup trop souvent l’immobilité des vieillards. Ainsi, en lui faisant jouer

un rôle qui n’est pas pour lui, on lui fournit quotidiennement l’occasion de

constater sa maladresse et son ignorance. Il n’y a pas là de quoi le rendre

joyeux

name="_ftnref29" title="">[29]

.

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Les programmes scolaires sont

également l’objet d’une attaque très vive, mais aussi très humoristique de <span

class=SpellE>Roorda. Il emploie sa verve à montrer l’absurdité du

système. Pour lui, comme pour Rousseau, les différentes matières qui composent

le savoir, ne sont pas à séparer comme le fait l’école. Rousseau montrait

comment le dessin menait Emile à la géométrie et celle-ci à l’astronomie,

comment l’histoire et la géographie pouvaient se rencontrer dans une même

leçon. Roorda le rappelle et montre que les

distinctions opérées à l’époque moderne conduisent chaque enseignant à accabler

l’enfant de connaissances soi-disant indispensables :

Non seulement tout collégien de douze ans sait

le nom de Lycurgue, mais il sait aussi celui de Cambyse et bien d’autres <span

style='mso-tab-count:1'> noms

encore. C’est que, dit-on, il y a des noms trop importants pour que l’enfant les ignore. Charles-Quint est en tous

cas de ceux-là ; Charlemagne aussi. Et le Bramapoutre !

Voilà ausi un fleuve dont il importe de retenir le

nom. Un libéral voudra bien laisser ignorer aux écoliers la ville d’Allahabad,

mais jamais il ne sacrifiera Bombay, Calcutta et le Bramapoutre.

 

Le Bramapoutre est important pour ceux qui en

comprennent l’importance. Qu’est-ce qui fait comprendre à l’enfant l’importance

de ce fleuve ? C’est que, s’il en oublie le  nom

avant demain, il aura une moins bonne note"

<span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[30]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda a

toute facilité pour faire constater à son lecteur que la culture superficielle

donnée par l’école est dite "générale" parce que "c’est celle-là

qui a été généralisée". La grande majorité des connaissances que l’enfant

apprend en classe n’ont de la valeur que pour le pédagogue : "encore une

fois", ajoute Roorda, "le seul avantage

qu’offrent pour nous la plupart des vérités

qu’on nous enseigne en classe est que nous pourrons, si notre mémoire est

bonne, les énoncer à toutes occasions. Mais elles sont sans influence

appréciable sur notre vie :

C’est Racine qui a écrit Andromaque ; c’est Annibal qui fut vaincu à la bataille de Cannes et

non pas le roi Dagobert ; les abeilles appartiennent à l’ordre des hyménoptères

et enfin, la racine carrée de deux est un nombre incommensurable : c’est

entendu. mais ce qui importe pour chacun de nous, c’est autre chose. Qu’on soit

ébéniste ou marchand de drap, historien ou paysan, on a d’abord besoin d’être

en bonne santé ; pour bien vivre, chacun a besoin aussi de clairvoyance, de

volonté et de courage ; enfin, celui-là aura le moins de chances de connaître

l’ennui à qui, dès sa jeunesse, on aura su donner le goût de l’activité et à

qui l’on aura appris à découvrir de la beauté dans le monde. Etre fort : c’est

le seul problème qui se pose à nous chaque jour"<a

style='mso-footnote-id:ftn31' href="#_ftn31" name="_ftnref31" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[31]<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Au lieu de cette force et de cette

aptitude face à la vie, l’école dispense un vernis de connaissances. Une

personne cultivée de l’espèce ordinaire connaîtra le nom de Madame de Sévigné,

se rappellera qu’elle vivait au dix-septième siècle et qu’elle écrivait des

lettres charmantes, mais ce sera à peu près tout. Son savoir scientifique

risque par contre d’être assez faible, affirme Roorda,

et il précise son point de vue :

 ;Le

propre des gens cultivés dont je parle ici (de ceux qui doivent toute leur

culture à l’Ecole), c’est qu’ils disposent d’un vieux stock d’anecdotes, de

métaphores, de noms célèbres, de clichés, de souvenirs mythologiques et

d’expressions classiques qui leur permettent de se comprendre à demi-mot. Ils

comprennent les allusions fines, toujours les mêmes, qui émaillent la

conversation de leurs semblables et les articles de nombreux journalistes.

Quand l’occasion s’en présente, ils savent dire : Nourri dans le sérail... Et il

y a une bonne trentaine d’autres vers fameux qu’ils citent au bon moment.

Lorsque, devant eux, un ignorant parle avec intérêt de quelque événement

récent, ils lui apprennent avec une satisfaction réelle que "cela s’est

déjà passé à Rome, il y a deux mille ans" ; et ils sont capables d’ajouter

en latin : "Il n’y a rien de nouveau sous le soleil".

<span

style="mso-spacerun:yes"> Il s’est tout de même produit dans

le monde, durant ces vingt derniers siècles, quelques petits changements. mais

on n’habitue pas les écoliers à se poser des problèmes nouveaux. Inlassablement,

on les met en mesure de répondre à des questions prévues ; et la culture

scolaire est un vernis, facilement reconnaissable, que promènent dans le monde

tous ceux qui, dans leur jeunesse, ont consacré des milliers d’heures à

préparer des examens"

name="_ftnref32" title=""><span

style='font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman"'><span

style='font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";mso-fareast-font-family:

"Times New Roman";mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;mso-bidi-language:

AR-SA'>[32]

<span

style='font-family:"Times New Roman"'>.

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> L’enfant, alors qu’il est plein de

vie, mérite-t-il d’être enfermé pendant tant de temps pour acquérir un tel

bagage et tenir plus tard un tel verbiage dans les soirées mondaines, demande <span

class=SpellE>Roorda.

<span

style="mso-spacerun:yes"> Ce dernier repousse

l’apprentissage de la lecture par l’enfant après onze ans comme Rousseau, car

il pense comme le philosophe que "jusqu’alors, elle n’est bonne qu’à

l’ennuyer"

title=""><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[33]

.

L’auteur d’Emile avait dénoncé les

"fades leçons", les "longues morales" et les "lourds

préceptes" qui dégoûtaient l’écolier le plus appliqué : l’aversion, l’ennui

et le mépris étaient les réponses que celui-ci donnait le plus souvent à un

enseignement qui était l’ennemi de tout plaisir

href="#_ftn34" name="_ftnref34" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[34]

.

La critique de Roorda ne se borne cependant pas à

cette seule constatation. Comme solution à cet asservissement de l’enfance,

l’auteur duPédagogue n’aime pas les

enfants propose que le maître sollicite chaque jour l’intérêt de ses élèves

en variant ses leçons, en introduisant des éléments imprévus et même en amenant

les écoliers à trouver par eux-mêmes. Au lieu du savoir tout fait qui est

surtout une facilité pour l’enseignant, au lieu du discours magistral qui

permet à celui-ci d’obtenir "une demi-heure de calme relatif"<a

style='mso-footnote-id:ftn35' href="#_ftn35" name="_ftnref35" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[35],

et de ces listes de mots qui seront bientôt et à jamais oubliées, <span

class=SpellE>Roorda souhaite que l’école permette à chaque enfant de

développer autant que possible ses aptitudes :

Nos aptitudes sont en quelque sorte pour nous

de la science à l’état potentiel. Quand nous les exerçons quelque chose de

durable s’organise au fond de notre être. En habituant l’écolier à s’exprimer

avec clarté et précision ; en le stimulant pendant des années, à découvrir de

petites différences et de profondes analogies ; en l’accoutumant à distinguer

les paroles qu’il comprend nettement de celles qu’il ne comprend guère ; en lui

faisant comprendre dans quels cas il peut affirmer ou s’affirmer et dans quels

cas il doit dire : "Je ne sais pas" ; en l’exerçant aussi à reconnaître

ce qu’il y a d’insuffisant dans certaines argumentations ; en lui donnant le

goût, le besoin de l’activité ; en fortifiant ses muscles ; en développant

l’adresse de ses doigts par de fréquents travaux manuels, on accroît d’une

manière définitive sa puissance, on

embellit toute sa vie. En poursuivant ce but, l’Ecole serait sûre de ne pas

compromettre l’avenir de ces élèves qui reste pour elle absolument

indéterminé"

name="_ftnref36" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[36]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> L’école procurerait alors

enthousiasme et énergie à ceux qui lui sont confiés et ces derniers, après

l’avoir quittée et être rentrés dans l’univers du travail, bénéficieraient

encore de cet apport. "Ils sauraient résister à la déformation qui menace

tous ceux qui par une besogne invariable et monotone doivent gagner leur pain

de chaque jour".

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda,

pour réaliser cet idéal, envisage une école plus élargie que celle qui existe.

Se rappelant sans doute les pages où Rousseau décrit la manière choisie par lui

pour éduquer un enfant capricieux qu’on lui avait confié, et la mise en scène

qu’il avait organisée avec les voisins pour lui faire honte

<span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[37]

,

Roorda voit aussi dans la rue un lieu éducatif. Elle

permet à l’enfant qui s’y promène de découvrir les divers métiers qui s’y

exercent : "cela vaudra bien le cinéma", conclut notre auteur<a

style='mso-footnote-id:ftn38' href="#_ftn38" name="_ftnref38" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[38].

Cet éloge de l’école dans la vie doit cependant autant au socialisme et aux

nouvelles pédagogies qu’à Jean-Jacques, mais là où la part de Rousseau est

indéniable, c’est dans l’importance que Roorda donne

à l’émerveillement de l’enfant pour une meilleure acquisition du savoir.<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> Emerveiller l’enfant est un

leitmotiv que l’on retrouve pratiquement dans tous ses écrits. Dans <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>L’Ecole ou l’apprentissage <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>de la docilité : "Qu’à l’école

l’enfant vive dans la joie ; qu’il trouve là, dès la première heure, du plaisir

à se servir de ses sens et de sa raison. Il faut qu’il soit émerveillé ; il faut

qu’il le soit chaque jour[...]. Oui, l’admiration est bien le plus grand

remède, puisque la révolte contre l’injustice, le faux et le laid est de

l’admiration encore"

name="_ftnref39" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[39]

.

Dans Les Effets de l’éducation moderne :

"Le malheur est qu’on ne s’applique pas à émerveiller l’écolier. On<span

style="mso-spacerun:yes"> y parviendrait si facilement ! Qu’on lui

donne l’"illusion" que la vie est belle : ce sera moins dangereux que

de lui persuader insensiblement que le travail est une chose ennuyeuse"<a

style='mso-footnote-id:ftn40' href="#_ftn40" name="_ftnref40" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[40].

Dans Le Pédagogue n’aime pas <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>les enfants, en 1917, <span

class=SpellE>Roorda détaille ce que pourrait être une journée d’écolier

dans une "école meilleure" que celle qui existe. Après avoir consacré

les deux premières heures de la matinée à des matières diverses, il propose que

la troisième s’attache "à la culture de l’enthousiasme :

Durant cette heure-là, les maîtres n’auront

pas d’autre but que d’intéresser vivement, ou d’émerveiller, ou d’émouvoir

leurs élèves, en leur révélant tout ce qu’il y a de beau dans <span

style='mso-tab-count:1'> l’univers

et dans l’esprit de l’homme"

href="#_ftn41" name="_ftnref41" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[41]

. 

<span

style="mso-spacerun:yes"> L’enseignant doit utiliser pour ce

faire les moyens les plus modernes, afin d’accroître chez les enfants leur

désir de savoir, d’entreprendre et de créer, sans pour autant que cette heure

consacrée à l’émerveillement devienne une corvée pour eux. Roorda

insiste particulièrement sur ce point : l’admiration ne doit pas être pour les

élèves un sentiment obligatoire. "Ils pourront être d’une insouciance

absolue. Durant cette heure-là, on leur donnera l’instruction gratuite <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>pour rien. Leur seul devoir sera de ne

pas déranger les autres. Tout l’effort, ce sera le maître qui le fera"<a

style='mso-footnote-id:ftn42' href="#_ftn42" name="_ftnref42" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[42].

Cette heure offrira donc une grande variété et plutôt que d’une leçon, prendra

la forme d’une conférence, d’un débat contradictoire, d’une expérience de

physique. Les élèves pourront proposer ce qu’ils désirent faire et le maître

accueillera des personnes de bonne volonté ayant de l’expérience à communiquer,

qui parleront de leur métier, de leur expérience ou d’un sujet qui les

passionne. Rousseau est ici un modèle très proche, lui qui introduit auprès

d’Emile Robert le jardinier, des paysans ou le joueur de gobelets. Comme

Rousseau aussi, Roorda souhaite que pendant cette

heure, les frontières entre les diverses matières soient abolies et qu’on

montre enfin "un peu d’unité dans la science en ramenant tout aux besoins

fondamentaux de l’homme, aux moyens qu’il a imaginés pour les satisfaire et aux

difficultés qu’il a rencontrées"

href="#_ftn43" name="_ftnref43" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[43]

.

Et Roorda de rêver à ces jeunes enfants qui, à midi,

de retour à la maison, diront à

leur mère qui les interroge sur leur travail scolaire : "Oh ! maman, c’était

beau !".

<span

style="mso-spacerun:yes"> A la fin de sa vie cependant, <span

class=SpellE>Roorda montre quelque pessimisme quant à cette possibilité

d’enthousiasmer les élèves. Non que la faute en revienne à ceux-ci, mais les

habitudes et l’inertie du système scolaire font que toute réforme est

laborieuse. Dans Avant <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>la grande réforme de l’an 2000 qui

paraît l’année de sa mort, en 1925, Roorda écrit en

guise de préambule que la foi de sa jeunesse n’étant pas encore tout à fait

morte, il lui a plu de tirer de nouveau avec sa sarbacane sur le solide édifice

scolaire. "Ceux qui vivent dans cette inébranlable forteresse devraient

sourire. ne sont-ils pas assez nombreux et assez habiles pour me prouver la

faiblesse de mon offensive ?"

name="_ftnref44" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[44]

.

Ce n’est donc plus une heure quotidienne d’enthousiasme qu’il demande pour les

écoliers, ces "figurants dont les professeurs ont besoin pour faire leurs

cours et qu’ils se passent, d’heure en heure, courtoisement", mais

quelques minutes seulement. Sa résignation est sensible, même s’il soutient

toujours qu’on ne peut traiter les enfants comme on les traite à l’école :

 ;Ce serait déjà une bonne école, celle-là où,

chaque jour, pendant quelques minutes, l’enfant serait émerveillé ou,

simplement, étonné par ce qu’on lui révèle. Il y a un âge où l’on s’étonne

facilement"

name="_ftnref45" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[45]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

Roorda

soutient cependant toujours qu’il existe, parmi tout ce que l’école inculque

aux enfants "pour cette raison que plus tard, ils ne pourront pas s’en

passer", des choses qui sont belles et qui pourraient servir à autre chose

qu’à attraper des mauvaises notes. l’écolier devrait pouvoir assister à

certaines leçons sans aucune inquiétude et découvrir encore avec enthousiasme

le monde que lui propose le maître. Pour peu que celui-ci soit bienveillant,

pour peu qu’il ne travaille pas contre l’enfant, mais avec lui, une autre école

pourrait naître enfin.

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda

insiste sur l’enseignement qui mettrait l’enfant en position de chercheur,

d’inventeur ou de créateur. Plutôt que de recevoir passivement un savoir tout

fait, il propose que l’écolier fasse de lui-même la démarche qui lui

permettrait de comprendre le fonctionnement d’une division ou d’un moteur,

qu’il soit l’auteur de poèmes ou de récits au lieu d’apprendre par cœur des

textes écrits par d’autres. On se souvient de la réaction d’A.S. Neill qui, après

avoir terminé ses études, affirma qu’au lieu de passer quatre ans à étudier ce

qu’Hazlitt ou Coleridge avaient dit de Shakespeare, il aurait dû écrire une

pièce lui-même. Et il ajoutait : "Ecrire un mauvais limerick vaut mieux que

d’apprendre par cœur Le Paradis <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>perdu"

<span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[46]

.<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> L’enseignement scientifique ne

vaut en ce domaine pas mieux que l’enseignement littéraire. Et <span

class=SpellE>Roorda de montrer comment le maître renonce au travail

patient qui consisterait à faire des expériences et des mesures précises

pendant plusieurs heures pour donner à ses élèves une idée claire des trois

quantités représentées par les lettres R et I dans la formule I=E/R. Il

conclut :

Dans toutes les villes du monde, il existe de

nombreux collégiens qui, chaque semaine, récitent avec docilité des formules

scientifiques dépourvues de "substantifique moelle""<a

style='mso-footnote-id:ftn47' href="#_ftn47" name="_ftnref47" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[47]

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Dans La Notion du Parfait dans l’enseignement, Roorda

explique pareillement qu’en agissant de la sorte, l’école transforme les

enfants en machines à calculer. Mais, "si l’on voulait voir dans l’enfant

une personne et non pas un futur rouage

du mécanisme social, on

l’éduquerait autrement :

Supposons que l’écolier ait à rechercher la

racine carrée d’un très grand nombre. Qu’on lui suggère, s’il n’y songe pas

lui-même, de calculer tous les produits : deux

fois deux, trois fois trois, quatre fois

quatre, etc., jusqu’à ce qu’il trouve le facteur donnant le résultat voulu.

Il reconnaîtra bien vite qu’il n’est pas nécessaire de calculer <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>tous ces produits, beaucoup d’entre eux

ayant une valeur sûrement trop faible. Abrégeons. Il est toujours possible,

qu’il s’agisse de racines carrées ou d’autres calculs, de passer d’une manière

à peu près continue des tâtonnements les moins élégants au procédé sous sa

forme classique. C’est ce chemin qu’il faut faire suivre à l’enfant. Il ne sera

d’ailleurs pas indispensable de le lui faire suivre jusqu’au bout (à supposer

qu’on en connaisse déjà le bout). Que la route parcourue reste ouverte sur de

nouveaux progrès possibles. Si l’écolier s’arrête avant ou à côté du procédé parfait, cela n’a aucune importance. Il aura

senti lui-même le besoin de perfectionner ses moyens : il aura assisté à

l’activité de sa propre intelligence ; il aura compris : c’est l’essentiel"<a

style='mso-footnote-id:ftn48' href="#_ftn48" name="_ftnref48" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

class=MsoFootnoteReference>[48]<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda

voit dans le travail manuel et le dessin des moyens de pallier l’absence de

créativité à l’école. Il cite les pages d’Emile

où Rousseau vante la pratique du dessin qui rend "l’œil juste et la main

flexible", et se souvient des passages où il insiste sur l’importance de

connaître un métier manuel. Il se rappelle sans doute aussi les théoriciens

socialistes et anarchistes qui affirmaient, comme Bakounine, que le travail

manuel et le travail intellectuel n’étaient pas opposés comme le disait la

société bourgeoise, mais concourraient tous deux à offrir des joies plus

fécondes à l’individu qui les pratiquait

href="#_ftn49" name="_ftnref49" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[49]

.

Le dessin apparaît surtout à Roorda comme une

activité plaisante et ludique qui correspond à la nature des enfants. Comme

Rousseau, il a noté que ces derniers, "grands imitateurs, essaient tous de

dessiner"

title=""><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[50]

,

et il ne voit pas dans l’art graphique ou pictural une de ces matières

rébarbatives qui désolerait les écoliers. Il se peut aussi que son insistance à

louer cette pratique soit due au fait qu’elle est déjà inscrite dans les

programmes : le dessin peut être un moyen d’ouvrir l’école sur un autre monde

plus créatif sans pour autant heurter de front l’institution scolaire. <span

class=SpellE>Roorda ne développe cependant pas de théories sur l’art ou

le goût comme l’avait fait Rousseau dans Emile.

Son propos est bien plus limité et s’attache à l’utile plus qu’à la

philosophie. Il ne s’agit pas tant de conduire l’enfant à s’engager sur la voie

du Beau que de lui offrir une activité récréative qui l’épanouit et lui procure

de la joie pendant cette période si courte de l’enfance.

<span

style="mso-spacerun:yes"> On s’en rend compte, <span

class=SpellE>Roorda est certes un lecteur enthousiaste de Rousseau, mais

son dessein diffère totalement de celui de son maître. Il tente, en effet, non

pas de former un homme complet comme le fait le gouverneur, mais d’introduire

un peu de l’esprit d’Emile dans la

lourde machine scolaire de la Troisième République. On ne trouve pas sous sa

plume de considérations sur l’éducation négative ou sur la religion naturelle

telle que l’exprimait le Vicaire savoyard. Que Rousseau ait insisté sur la

difficulté d’éduquer plus qu’un seul élève est également passé sous silence.

C’est que, pour Roorda, Emile n’est pas un livre à suivre à la lettre. C’est avant tout une

défense de l’enfant qui est toujours actuelle un siècle et demi plus tard. <span

class=SpellE>Roorda voit l’enfant du même point de vue que Rousseau et,

occupant cette place, ne peut adhérer aux formes d’éducation proposées par

l’école, puisqu’elles soumettent l’écolier aux programmes, aux méthodes et aux

enseignants. Le sort des tout-petits a certes été amélioré : Pauline Kergomard

avait notamment reproché aux anciennes salles d’asile qui les accueillaient

d’être des lieux sans hygiène où trop d’enfants étaient enrégimentés pour subir

un enseignement abstrait et réciter sans comprendre des leçons ineptes<a

style='mso-footnote-id:ftn51' href="#_ftn51" name="_ftnref51" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[51].

Roorda fait le même reproche à l’école, mais pour des

enfants de dix à douze ans, et son propos se heurte aux préjugés des parents et

des enseignants qui voient déjà dans l’écolier de cet âge l’individu qui

occupera plus tard telle ou telle place dans la société, et rien d’autre.<span

style='mso-bidi-font-size:10.0pt'>

<span

style="mso-spacerun:yes"> Roorda

n’est pas le seul à faire ce constat à cette époque. Edouard <span

class=SpellE>Claparède, en 1912, reconnaît comme lui que l’éducation a

connu un progrès évident depuis le dix-huitième siècle, mais il note aussi que

la pédagogie pratique est restée "embourbée dans le conservatisme le plus

obstiné, le plus fermé aux idées nouvelles"

href="#_ftn52" name="_ftnref52" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[52]

.

Et il ajoute :

Pas plus aujourd’hui qu’avant Rousseau ce

n’est l’enfant qui est la mesure du programme prescrit et de la méthode adoptée

(sauf dans les écoles enfantines et les jardins d’enfants, où,

incontestablement, de réels progrès ont été accomplis). On nous dit, on nous

répète sur tous les tons, dans les discours solennels et même dans les plans

d’étude, que dès longtemps l’enseignement ne s’adresse plus à la mémoire, que

l’on cherche plus à développer l’esprit qu’à le gaver de savoir. Et, cependant,

quand on y va voir de près, on s’aperçoit qu’aujourd’hui comme au temps de

Montaigne, c’est la mémoire qui est le porte-à-faux de tout l’enseignement, et que

l’éducation, non seulement morale, mais aussi intellectuelle, est fort

négligée

> 

Si vous suivez un peu le travail d’un de nos écoliers, vous <span

style='mso-tab-count:1'> vous

apercevrez bien vite que quantité d’enseignements, dont le but véritable serait

de stimuler l’art de la parole, le jugement, la réflexion, ou de développer des

qualités affectives, se ramènent, pratiquement, à des emmagasinages stériles de

leçons apprises, avec un luxe inouï de détails inutiles et souvent au-dessus de

la portée de l’enfant"

href="#_ftn53" name="_ftnref53" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[53]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> Et Claparède

de montrer l’absurdité du système aussi bien pour ce qui concerne

l’apprentissage de la langue maternelle que pour celui des langues étrangères,

des langues mortes, des sciences naturelles et même des mathématiques.

"L’appel de Rousseau n’a pas été entendu". Pour lui, ce ne sont ni

les gouvernements ni les instituteurs qui sont responsables de cette situation.

Si les vérités pédagogiques contenues dans Emile

et bien d’autres livres depuis, ne se sont pas imposées, c’est parce qu’elles

manquaient de la base scientifique indispensable qu’il va mettre en application

cette année-là à l’Institut J.-J. Roussseau de

Genève. Roorda agissait seul et à son échelle, d’où

le peu de résultat obtenu et l’idée de plus en plus évidente que l’édifice

scolaire était inébranlable et imperméable à toute amélioration. Ses derniers

écrits mentionnent Claparède et son livre sur <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>La Psychologie de l’enfant<a

style='mso-footnote-id:ftn54' href="#_ftn54" name="_ftnref54" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[54],

mais le découragement est latent. Non seulement Roorda

doute du fait que sa parole soit entendue un jour, mais il en vient à rêver à

une école meilleure réservée à quelques privilégiées, puisque tous les enfants

ne peuvent connaître le bonheur de vivre une vie d’enfant dans la société

actuelle. Il termine son dernier livre par ces considérations sur les écoles

publiques de son époque :

Ces écoles accomplissent peut-être leur

fonction beaucoup mieux que je ne le crois. Il importe peut-être, avant tout,

que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des hommes fassent assez tôt

l’apprentissage de la docilité. Mes vœux n’en sont pas moins légitimes. Je

voudrais qu’en l’an 2000 l’Etat fût assez désintéressé, assez <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>artiste, pour favoriser<span

style="mso-spacerun:yes"> dans une Ecole "de luxe" le

développement de quelques esprits libres sur lesquels il ne pourra jamais

compter"

name="_ftnref55" title=""><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt'><span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:8.0pt;font-family:"Times New Roman";

mso-fareast-font-family:Calibri;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;

mso-bidi-language:AR-SA'>[55]

<span

style='font-size:10.0pt;mso-bidi-font-size:12.0pt'>.<span

style='font-size:10.0pt'>

 

<span

style="mso-spacerun:yes"> A la fin de sa vie aussi, <span

class=SpellE>Roorda sait que ce qu’il écrivait en 1898 dans <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>L’Ecole ou l’apprentissage de la docilité,

garde toute sa valeur. Rousseau est bien "un écrivain de demain"<a

style='mso-footnote-id:ftn56' href="#_ftn56" name="_ftnref56" title=""><span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[56].

Et cette citation nous paraît complémentaire de celle-ci dont la portée n’est

pas près de faiblir : "Dans notre enfance, on nous a promis le Paradis :

nous l’attendons"

name="_ftnref57" title=""><span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[57]

.

 

Tanguy L’<span

class=SpellE>Aminot

 



<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[1].<i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Pamphlets pédagogiques (H. <span

class=SpellE>Roorda : Le Pédagogue

n’aime pas les enfants ; Edmond Gilliard : <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>L’Ecole contre la vie ; Denis de

Rougemont : Les Méfaits de <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>l’instruction publique), Lausanne, L’Age

d’Homme, 1984, 179 p. Roorda ne se faisait pas

d’illusion sur le succès de ses écrits : "C’est triste à dire : les

réformateurs de l’An 2000 ne liront sûrement pas ma brochure, laquelle aura

sombré, comme beaucoup d’autres ouvrages, dans l’océan des imprimés. Je vais

donc me contenter de causer avec une demi-douzaine de lecteurs

d’aujourd’hui", écrivait-il dans Avant

la grande réforme de l’an 2000, Œuvres complètes,

Lausanne, L’Age d’Homme, 1970, t. 2, p. 116. Nous abrègerons par la suite : <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>O.C.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[2].

H. Roorda, Avant

la grande réforme de l’an 2000, O.C. 2, p. 147-148. "<span

class=SpellE>Rappelerai-je encore cette impression que fit sur ton

enfance la noble et douce humanité d’un père incapable de voir le mal et de

t’en donner garde ; dirai-je cette maison de Clarens si amicalement ouverte à

l’exilé qui s’appelait Elisée Reclus ("J’ai été élevé sur les genoux

d’Elisée Reclus") ; celui-là, le vrai maître de ta jeunesse rayonnante

d’espoir bienfaisant, de sensibilité confiante, et qui croyait si simplement à

la facilité du bien et à l’amabilité de la vertu", écrivait Edmond <span

class=SpellE>Gilliard dans son essai A

Henri Roorda, Lausanne, Bibliothèque romande,

1973, p. 30-31.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[3]<span

lang=DE style='mso-ansi-language:DE'>. Voir Max <span

class=SpellE>Nettlau, Elisée Reclus, Anarchist und Gelehrter (1830-1905), Berlin,

Der Syndicalist, 1928, p. 250. Dans son <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Histoire de l’anarchie (Paris, Artefact,

1986, p. 211), M. Nettlau, évoquant le milieu

révolutionnaire suisse des années 1880-1900, écrit aussi : "Une nouvelle

génération montait avec les jeunes et les étudiants, tels que <span

class=SpellE>Stoyanoff, Atabekian, <span

class=SpellE>Samaja, Bertoni, Ettore <span

class=SpellE>Molinari. dans ce milieu se forma un jeune libertaire qui

devint un des auteurs les plus antiautoritaires et anticonformistes de son pays

et un expert en éducation libertaire : Henri Roorda

van Eysinga".

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[4].

Lettre inédite à Ferdinand Domela Nieuwenhuis,

sans date, figurant dans le Fonds Domela <span

class=SpellE>Nieuwenhuis à l’Institut International d’Histoire Sociale (<span

class=SpellE>Internationaal Intituut <span

class=SpellE>voor Sociale Geschiedenis)

d’Amsterdam. Je remercie M. Kees Rodenburg,

responsable de la collection française de cet Institut, de m’avoir signalé et

communiqué la copie des quatre lettres de Roorda

figurant dans ce fonds.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[5].

H. Roorda van Eysinga,

"Elisée Reclus propagandiste", La

Société nouvelle (Mons), août 1907, p. 186-199.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[6].

Sébastien Faure, Ecrits pédagogiques,

Paris, Editions du monde libertaire, 1992, p. 83. Pour une vue d’ensemble sur

l’éducation libertaire, on pourra se reporter à mon article : "James

Guillaume et l’éducation libertaire" dans Former un nouveau peuple ? Pouvoir, éducation, révolution, édité par

Josiane Boulad-Ayoub,

Paris, Québec, L’Harmattan, Les Presses de l’Université Laval, 1996, p. 97-117.

name="_ftn7" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[7].

Elisée Reclus, L’Avenir de nos enfants,

Lille, G. Lagache, 1886, p. 5.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[8].

Lettre inédite à F. Domela Nieuwenhuis,

16 juin 1892. Fonds Nieuwenhuis, Institut

International d’Histoire Sociale, Amsterdam.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[9].

Ibid., 20 Novembre 1892. Dans <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Quarante ans de propagande anarchiste

(Paris, Flammarion, 1973, p. 196-197), Jean Grave évoque un épisode de leurs

relations.

name="_ftn10" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[10].

Ibid., 30 juin 1894.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[11].

J’ai réédité ces deux textes dans le numéro 9 des Etudes J.-J. Rousseau(Montmorency, 1997, p. 217-260).

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[12].<span

class=SpellE>Boletin<i

style='mso-bidi-font-style:normal'> de la Escuela <span

class=SpellE>moderna, édité par Albert Mayol, Barcelona, <span

class=SpellE>Tusquets, 1978, p. 49-58 et 83-98.

name="_ftn13" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[13].

Voir le compte rendu de C. Jaccottet dans L’Enseignement

mathématique, XVIII° année, 1916, p. 441-444.

name="_ftn14" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[14].

Sur l’école Ferrer de Lausanne, voir Roland Lewin, Sébastien Faure et "La Ruche" ou l’éducation libertaire,

La Botellerie, Ivan Davy, 1988, p. 225-227.

name="_ftn15" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[15]<span

lang=EN-GB style='mso-ansi-language:EN-GB'>. H. Roorda,

O.C. I, P. 226.

<span lang=EN-GB

style='mso-ansi-language:EN-GB'> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[16].

H. Roorda, L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité dans Etudes

J.-J. Rousseau, 9, 1997, p. 220.

name="_ftn17" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[17].J.-J.

Rousseau, Emile, Œuvres complètes, IV, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade,

1969, p. 419. Nous abrègerons O.C.

par la suite.

name="_ftn18" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[18].

H. Roorda, L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité, op. cit., p.

222.

name="_ftn19" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[19]<span

lang=NL style='mso-ansi-language:NL'>. H. Roorda, <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>O.C. 1, p. 231.

name="_ftn20" title=""><span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[20]<span

lang=EN-US style='mso-ansi-language:EN-US'>. Ibid., p. 251.

<span lang=EN-US

style='mso-ansi-language:EN-US'> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[21].

Le noircit-il vraiment ? On ne peut oublier ici la dédicace d’Un homme libre< aux enfants et aux tout jeunes gens. Maurice Barrès y écrit :

"Les collégiens sont à peu près les seuls êtres qu’on puisse plaindre.

Encore la moitié d’entre eux sont-ils des petits goujats qui empoisonnent la

vie de leurs camarades. Nous autres adultes, nous nous isolons, nous nous

distrayons selon le système qui nous paraît convenable. Au collège, ils sont

soumis à une discipline qu’ils n’ont pas choisie : cela est abominable. J’ai

relevé avec piété, depuis six à sept ans, les noms des enfants qui se sont

suicidés. C’est une longue liste que je n’ose pas publier. J’aurais aimé dédier

à leur mémoire ce petit livre, mais il m’a paru que j’irais contre leurs

intentions, en répandant leurs noms dans la vie".

name="_ftn22" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[22].

L’Apprentissage de la docilité, p.

222.

name="_ftn23" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[23].

Ibid., p. 223.

name="_ftn24" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[24].

H. Roorda, Les

Effets de l’éducation moderne dans La

Revue blanche, 220, août 1902, p. 518.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[25].

L’Apprentissage de la docilité, p.

224. Les directives ministérielles de l’époque reconnaissent l’importance du

jeu chez l’enfant de 2 à 6 ans, mais un livre comme celui de Pauline Kergomard

et Mlle Brès (L’enfant

de 2 à 6 ans, Paris, Nathan,

1928, 3° édition) qui développe et illustre les textes officiels, montre à quel

point tout est codifié. On y précise bien "que les récréations échelonnées

ne fassent (...) pas redouter un bruit constant incommode pour l’entourage :

l’enfant occupé par son joujou, en devient presque silencieux, comme dans les

jardins publics. C’est l’absence de jouets qui rend tapageur, parce qu’on

exhale en cris l’activité qu’on ne sait pas dépenser autrement" (p. 83).

name="_ftn26" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[26].

J.-J. Rousseau, Emile, <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>O.C. IV, p. 346.

name="_ftn27" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[27].

H. Roorda, L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité, p. 243.

name="_ftn28" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[28].

Ibid., p. 244.

name="_ftn29" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[29].H.

Roorda, Avant

la grande réforme de l’an 2000, O.C. 2, p. 154.

name="_ftn30" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[30].

L’Apprentissage de la docilité, p.

231.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[31].

H. Roorda, La

Notion du Parfait dans l’enseignement dans La Revue blanche, 212,

avril 1902, p. 534.

name="_ftn32" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[32].

Le pédagogue n’aime pas les enfants, O.C.

1, p. 245-246.

name="_ftn33" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[33].

J.-J. Rousseau, Emile, O.C. IV, p.

357.

name="_ftn34" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[34].

Ibid., p. 638.

name="_ftn35" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[35].

H. Roorda, Avant

la grande réforme de l’an 2000, O.C. 2, p. 261.

name="_ftn36" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[36].

H. Roorda, Les

Effets de l’’éducation moderne, p. 531.

name="_ftn37" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[37]<span

lang=EN-GB style='mso-ansi-language:EN-GB'>. Emile, O.C. IV, p. 367-368.

name="_ftn38" title=""><span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[38].

H. Roorda, A

prendre ou à laisser, O.C. 1, p. 124-125.

name="_ftn39" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[39].

L’Apprentissage de la docilité, p.

221.

name="_ftn40" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[40].

Les Effets de l’éducation moderne, p.

519.

name="_ftn41" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[41].

Le Pédagogue n’aime pas les enfants, O.C.

1, p. 272-273.

name="_ftn42" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[42].

Ibid., p. 273.

name="_ftn43" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[43].

Ibid., p. 274.

name="_ftn44" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[44].

Avant la grande réforme de l’an 2000,

O.C. 2, p. 106.

name="_ftn45" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[45].

Ibid., p. 124.

name="_ftn46" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[46].

A.S. Neill, The Problem

Child, Herbert Jenkins, 1926, p. 178 cité dans Ray Hemmings,

Cinquante ans de liberté avec Neill,

Paris, Hachette, 1981, p. 16.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[47].

H. Roorda, Le

débourrage des crânes est-il possible ?, O.C. 1, p. 312-313.

name="_ftn48" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[48].

H. Roorda, La

Notion du Parfait dans l’enseignement, p. 524.

name="_ftn49" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[49].

Michel Bakounine, L’Instruction intégrale

dans Le Socialisme libertaire, Paris,

Denoël/Gonthier, 1973, p. 123-124.

name="_ftn50" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[50].

J.-J. Rousseau, Emile, O.C. IV, p.

397. H. Roorda, L’Ecole

ou l’apprentissage de la docilité,

p. 224-225.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[51].

Voir Jean-Noël Luc, L’Invention du jeune

enfant au XIX° siècle. De la salle

d’asile à l’école maternelle, Paris, Belin, 1997, p. 386-389.

name="_ftn52" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[52].

E. Claparède, "Comme quoi l’appel de Rousseau

n’a pas été entendu" (1912) dans L’Ecole

sur mesure, Neuchâtel, Paris, Delachaux et <span

class=SpellE>Niestlé, 1953, p. 92.

name="_ftn53" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[53].

Ibid., p. 93.

name="_ftn54" title=""> <span

class=MsoFootnoteReference><span

style='mso-special-character:footnote'><span

class=MsoFootnoteReference>[54].

H. Roorda, Avant

la grande réforme de l’an 2000, p. 154.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[55].

Ibid., p. 163. Roorda

connaissait sans nul doute Max Stirner qui écrivait dans L’Unique et sa propriété, en 1846 : "Les jeunes sont majeurs

quand ils gazouillent comme les vieux ; on les pousse dans les écoles pour

qu’ils y apprennent les vieux refrains, et, quand ils les savent par cœur,

l’heure de l’émancipation a sonné" (Paris, Stock, 1899, p. 78-79).

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[56].

L’Ecole ou l’apprentissage de la docilité,

p. 226. Un autre théoricien libertaire, C.A. Laisant,

écrit en 1913 dans L’Education de demain :

"Le titre "L’Education de demain", que j’ai choisi, m’oblige à

présenter quelques explications, en terminant cette étude rapide. Que veut dire

ce mot "demain" ? J’entends par là ce qui succèdera nécessairement à

l’état de choses actuel. Ce sera peut-être dans un an, peut-être dans un

siècle" (Paris, Aux Bureaux des "Temps nouveaux", 1913, p. 28).

Rousseau est un écrivain de demain face à un système qui ne respecte pas

l’enfant. Il est un écrivain honni par les partisans de la poigne ou du fouet

comme cet abbé Henri Morice qui publie en 1923 la

troisième édition de L’Art de commander

aux enfants (Avignon, Aubanel Père, imprimeur du Saint-Père) qui est un

virulent manifeste antirousseauiste.

<span

style="mso-spacerun:yes"> <span

style='font-size:8.0pt'><span

class=MsoFootnoteReference>[57].

H. Roorda, A

prendre ou à laisser, O.C. 1, p. 68. Signalons enfin que <span

class=SpellE>Borghos Kévorkian, auteur d’un

essai remarquable sur L’Emile de Rousseau

et l’Emile des écoles normales,

en 1948, avait procuré en 1930 une traduction arménienne du <i

style='mso-bidi-font-style:normal'>Pédagogue n’aime pas les enfants.