MASSON, Émile . "Roses du Mois-Noir"

VIII Printemps de guerre

Littérature : poésieMASSON, Émile (1869-1923)Pacifisme

 [1]

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd

Mon cœur est triste.

Par la terre entière les hommes haïssent,

Le Canon tonne et le sang coule,

Les femmes pleurent, pleurent leurs petits.

Sœur Anne ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,

Je vois la terre escalader le ciel,

Mille et mille petites lumières roses, blanches et vertes,

Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

- Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd,

La terre entière n’est qu’un chaos horrible :

Montagnes de décombres, océans de cadavres…

Tous les cœurs saignent, - saignent les cœurs ;

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,

Je vois la terre escalader le ciel…

Mille et mille petites ailerettes roses, blanches et vertes,

Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

- Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd,

Mon cœur est triste.

La vie est un enfer, l’abomination !

Tortures des corps et martyres des âmes ;

L’Esprit renie, - il nie, l’Esprit.

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,

Je vois la terre escalader le ciel.

Mille et mille petits enfants en robes roses, blanches et vertes,

Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

- Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Mon cœur est gros, mon cœur est lourd,

Mon cœur est triste.

Par la terre entière, que feront ces Petits ?

Pieds dans le sang, fronts dans la haine ;

Sans foi en la vie, - leur vie sans foi !

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, mon frère,

Je vois la terre escalader le ciel…

Mille et mille baisers de Pardon en fleurs roses, blanches et vertes,

Monter dans la grande lumière bleue et dorée.

[1Envoi de Marielle Giraud, auteure avec Didier Giraud de la biographie d’Emile Masson