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	<title>Elis&#233;e Reclus, le site</title>
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		<title>RECLUS, &#201;lis&#233;e. &#034;La question des v&#234;tements et de la nudit&#233;&#034;</title>
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		<dc:date>2007-12-02T07:19:58Z</dc:date>
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		<dc:subject>Naturisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La question des v&#234;tements et de la nudit&#233; est certainement celle qui a le plus d'importance &#224; la fois au point de vue de la sant&#233; physique, de l'art et de la sant&#233; morale : aussi est-il n&#233;cessaire de pr&#233;ciser ce que l'on pense &#224; cet &#233;gard, car le temps est venu de ne plus reculer devant aucune discussion. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; une conqu&#234;te r&#233;cente de la libert&#233; humaine : il y a peu d'ann&#233;es on e&#251;t repouss&#233; d'avance comme attentatoire &#224; la morale toute proposition o&#249; la n&#233;cessit&#233; des v&#234;tements e&#251;t pu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Cabinet de lecture : Quelques textes d'&#201;lis&#233;e Reclus&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;Naturisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question des v&#234;tements et de la nudit&#233; est certainement celle qui a le plus d'importance &#224; la fois au point de vue de la sant&#233; physique, de l'art et de la sant&#233; morale : aussi est-il n&#233;cessaire de pr&#233;ciser ce que l'on pense &#224; cet &#233;gard, car le temps est venu de ne plus reculer devant aucune discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une conqu&#234;te r&#233;cente de la libert&#233; humaine : il y a peu d'ann&#233;es on e&#251;t repouss&#233; d'avance comme attentatoire &#224; la morale toute proposition o&#249; la n&#233;cessit&#233; des v&#234;tements e&#251;t pu &#234;tre contest&#233;e. Sous l'influence de cette id&#233;e d'origine imm&#233;moriale, consacr&#233;e par la religion, indiscut&#233;e par la morale, on se laissait aller &#224; croire dans la soci&#233;t&#233; actuelle, dite civilis&#233;e, que les convenances se trouvent chez les diff&#233;rents peuples en proportion directe avec les v&#234;tements. La dame &#233;l&#233;gante affecte de ne pas m&#234;me voir celui qui marche pieds-nus ; les mains, qui sont par excellence les organes de l'action, les metteurs en oeuvre de la pens&#233;e humaine, sont fr&#233;quemment rev&#234;tues de gants ; la plupart des femmes chr&#233;tiennes non oblig&#233;es au travail physique vont jusqu'&#224; voiler leur visage, &#224; la fa&#231;on des mahom&#233;tanes, sans y &#234;tre forc&#233;es par d'autres tyrans que la mode : ainsi m&#234;me la t&#234;te ne se montre pas librement, un brouillard de tulle ou de cr&#234;pe s'interpose entre le regard et la nature ; m&#234;me les pois noirs ou rouges brod&#233;s sur l'&#233;toffe semblent jeter une taie sur les yeux ou parsemer des boutons sur la joue. Les conventions le veulent ainsi, comme aussi en d'autres circonstances les moeurs de la soci&#233;t&#233; exigent que la femme apparaisse en pleine lumi&#232;re les &#233;paules et les seins nus. A l'entr&#233;e de Charles Quint dans sa bonne ville d'Anvers, les &#226;mes les plus nobles familles se disputaient l'honneur de para&#238;tre nues dans le cort&#232;ge du ma&#238;tre, de m&#234;me que sous le Directoire, il fallait se v&#234;tir d'&#233;toffes transparentes pour satisfaire aux exigences du bon ton. Toutefois, il faut le dire, la religion, la morale officielles n'approuvent point ouvertement ces &#233;carts de la coutume et s'accommodent beaucoup mieux des v&#234;tements traditionnels qui, en certains pays comme le Tyrol, la Bretagne, recouvrent absolument le corps et en rendent la forme m&#233;connaissable. Tel &#233;tait le but de la &#034;Sainte Eglise&#034;, qui voyait dans la femme la plus grande incitatrice au p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, il s'agit de savoir lequel, du nu ou du v&#234;tement, est le plus hygi&#233;nique, le plus sain pour d&#233;veloppement harmonique de l'homme au physique et au moral. Quant au premier cas, il ne peut y avoir aucun doute. Pour les hygi&#233;nistes, c'est une question jug&#233;e que celle de la nudit&#233;. Il n'est pas douteux que la peau reprend de sa vitalit&#233; et de son activit&#233; naturelles quand elle est librement expos&#233;e &#224; l'air, &#224; la lumi&#232;re, aux ph&#233;nom&#232;nes changeants du dehors. La transpiration n'est plus g&#234;n&#233;e ; les fonctions de l'organe sont r&#233;tablies ; il redevient plus souple et plus ferme &#224; la fois ; il ne p&#226;lit plus comme une plante isol&#233;e priv&#233;e de jour. Les exp&#233;riences faites sur les animaux ont prouv&#233; aussi que, lorsque la peau est soustraite &#224; l'action de la lumi&#232;re, les globules rouges diminuent de m&#234;me que la proportion d'h&#233;moglobine. C'est dire que la vie devient moins active et moins intense. Encore un exemple de ce fait, que les progr&#232;s de la civilisation ne sont pas n&#233;cessairement des progr&#232;s et qu'il importe de les soumettre au contr&#244;le de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons des exemples parmi les peuples : tous les voyageurs s'accordent &#224; dire que les Polyn&#233;siens &#233;taient les plus beaux hommes avant que les missionnaires, z&#233;l&#233;s distributeurs de lainages et de cotonnades, eussent s&#233;vi dans les parages oc&#233;aniques ; on sait &#233;galement que nulle part les artistes n'eurent plus noble compr&#233;hension de la beaut&#233; que dans la merveilleuse Hellade, o&#249; les jeunes et forts luttaient, couraient, jouaient au grand air, les membres nus, devant le peuple assembl&#233;. On n'ignore pas non plus que les hygi&#233;nistes actuels, d&#233;sireux de restituer la beaut&#233; et la sant&#233; humaine mises en danger par le manque de m&#233;thode dans la nourriture et le v&#234;tement, se mettent &#224; d&#233;shabiller leurs patients pour les accoutumer &#224; l'air et &#224; la lumi&#232;re. Dans toute l'Europe occidentale et jusque dans la septentrionale Ecosse, des &#233;tablissements se sont ouverts, o&#249; des invalides riches viennent exposer leur peau nue &#224; l'action vivifiante du vent et du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute que les contr&#233;es froides, telle la Scandinavie, et m&#234;me les pays temp&#233;r&#233;s, comme presque toutes les r&#233;gions populeuses de l'Europe, ont un climat d'hiver tr&#232;s &#226;pre en comparaison de ceux dont jouissent les Oc&#233;aniens, mais les abris et les draperies, qui sont tout autre chose que les v&#234;tements, permettent aussi de se garantir du froid. Jusqu'&#224; une &#233;poque r&#233;cente, les Japonais, que les moeurs du cant anglais n'avaient pas encore contamin&#233;s, ne se sentaient nullement oblig&#233;s par les convenances de cacher leur nudit&#233; et se baignaient en commun ; c'est &#224; la vue du libre jeu des muscles et des membres que les artistes du Nippon durent certainement leur franchise de mouvement dans l'usage du pinceau. Ce sont des peintres et statuaires qui ont sauv&#233; la civilisation de notre vieille Europe en gardant le culte de la forme humaine malgr&#233; les mal&#233;dictions de l'&#233;glise contre la chair. Ils ont, du reste, conquis de haute lutte le droit de repr&#233;senter l'homme sans les voiles auxquels la loi nous astreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre de la sant&#233;, le fonctionnement normal du corps ne peuvent se r&#233;tablir compl&#232;tement, les maladies provenant des alternatives du froid et du chaud continueront de menacer l'individu civilis&#233; aussi longtemps que la statue humaine ne sera pas &#034;d&#233;livr&#233;e de ses linceuls&#034;, tant que l'homme ne sera pas redevenu &#034;enti&#232;rement face&#034;, comme le disait un indig&#232;ne de la c&#244;te du Chili. Mais, c'est au point de vue de la sant&#233; morale surtout que la restitution de la beaut&#233; nue serait n&#233;cessaire, car l'artifice du costume et de la parure est de ceux qui, par la sotte vanit&#233;, le servile esprit d'imitation et surtout par les mille ing&#233;niosit&#233; de vice, entra&#238;nent le plus souvent &#224; la corruption g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en juger facilement dans les &#233;coles des Beaux-Arts o&#249; les jeunes hommes, souvent d&#233;prav&#233;s, dessinent religieusement d'apr&#232;s le mod&#232;le f&#233;minin, avec un parfait respect de la forme humaine, et se laissent aller aux pens&#233;es libertines que plus tard, au contact des femmes rev&#234;tues de leurs atours et colifichets : la mode a donn&#233; aux habits la coupe faite sp&#233;cialement pour exciter les convoitises. La beaut&#233; nue ennoblit et purifie ; le v&#234;tement, insidieux et mensonger, d&#233;grade et pervertit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la mode r&#232;gne encore, de m&#234;me que r&#232;gnent toujours le Seigneur Capital et les antiques survivances de l'Eglise et de l'Etat. Il n'est donc point &#224; esp&#233;rer que la mode, qui repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts d'innombrables fournisseurs et qui r&#233;pond &#224; un ensemble infini de petites passions personnelles, abdique de gr&#233; ou de force devant un r&#233;gime nouveau d'art et de bon sens. On peut l'esp&#233;rer d'autant moins que la mode est l'h&#233;ritage de tout le pass&#233;. Elle change de si&#232;cle en si&#232;cle, de saison en saison, mais cependant beaucoup moins qu'on se l'imagine d'ordinaire : elle saute brusquement d'un extr&#234;me &#224; l'autre, mais en prenant toujours des formes pr&#233;c&#233;demment connues. Aucunes des anciennes mani&#232;re de se parer et de s'embellir n'a compl&#232;tement disparu, m&#234;me dans nos soci&#233;t&#233;s &#233;l&#233;gantes. Nombre d'hommes se tatouent encore, et, parmi les amiraux actuels, on pourrait en voir dont les gants de c&#233;r&#233;monies cachent une ancre marqu&#233;e en bleu &#224; la racine du pouce. La femme europ&#233;enne ne se passe pas d'anneau dans la narine, comme l'Hindoue, mais elle le suspend &#224; son oreille ; elle garde le collier de la sauvagesse et porte le bracelet de la captive, reste &#224; la cha&#238;ne qui l'attachait au poteau de la tente. Le soldat, qui dans la soci&#233;t&#233; actuelle repr&#233;sente le primitif, l'homme de vanit&#233; guerri&#232;re et de combat, s'orne d'&#233;paulettes, de franges, de galons aux couleurs voyantes, de plaque, de croix en &#233;mail ou en m&#233;taux &#233;tincelants, de plumes multicolores, au risque d'attirer dans la bataille les regards et les balles de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si, chez les classes riches qui veulent &#224; toute force se distinguer du commun des hommes, l'amour du luxe maintient la s&#233;paration des classes ou m&#234;me cherche &#224; l'augmenter encore &#224; force de d&#233;penses, les foules d&#233;mocratiques tendent &#224; se ressembler de plus en plus par le costume : c'est d&#233;j&#224; un progr&#232;s. En nombre de pays, on ne distingue plus gu&#232;re entre le riche et le pauvre, car l'homme de go&#251;t, m&#234;me opulent, s'habille avec simplicit&#233;, et la propret&#233; est de r&#232;gle chez tous, m&#234;me pour les peu fortun&#233;s. De plus, le v&#234;tement des femmes laborieuses se rapproche de celui des hommes : celles qui veulent conqu&#233;rir la libert&#233; pleine de leurs mouvements trouvent le moyen de se d&#233;barrasser des robes lourdes, des corsets &#233;troits, des chapeaux fleuris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain progr&#232;s s'est positivement accompli dans le sens de la libert&#233; du costume et malgr&#233; tout on s'est quelque peu rapproch&#233; de l'hygi&#232;ne. Mais la grande r&#233;volution esth&#233;tique et morale qui laissera au civilis&#233; moderne le droit qu'avait le Grec autrefois de se promener d&#233;barrass&#233; de langes &#224; la lumi&#232;re du soleil, cette grande r&#233;volution est encore, parmi toutes les ambitions de l'homme moderne, celle qui para&#238;t la plus difficile &#224; r&#233;aliser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voir aussi le site &lt;a href=&#034;http://ytak.club.fr/natsommaire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Naturisme et anarchisme&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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