<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Elis&#233;e Reclus, le site</title>
	<link>https://archives.cira-marseille.info/reclus/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?id_mot=18&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="en">
		<title>GEDDES, Patrick. &#034; A Great Geographer : &#201;lis&#233;e Reclus, 1830-1905 &#034;</title>
		<link>https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article229</link>
		<guid isPermaLink="true">https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article229</guid>
		<dc:date>2007-12-02T22:48:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		


		<dc:subject>&lt;span lang='fr'&gt;GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais&lt;/span&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;The Scottish Geographical Magazine for Sept. and Oct. 1905. International Institute of Social History, Amsterdam (Holland)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;Articles and books about Reclus&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;&lt;span lang='fr'&gt;GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Scottish Geographical Magazine for Sept. and Oct. 1905&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &lt;a href=&#034;http://www.iisg.nl/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;International Institute of Social History, Amsterdam (Holland)&lt;/a&gt; &lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="en">
		<title>GEDDES, Patrick, J. B. JORDAN; Henry F. BRION. &#034;A Great Globe: Discussion &#034;</title>
		<link>https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article84</link>
		<guid isPermaLink="true">https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article84</guid>
		<dc:date>2007-11-30T18:32:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		


		<dc:subject>&lt;span lang='fr'&gt;GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais&lt;/span&gt;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;The Geographical Journal Vol. 12, No. 4 (Oct., 1898), pp. 406-409&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;Articles and books about Reclus&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;&lt;span lang='fr'&gt;GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Geographical Journal&lt;/i&gt; Vol. 12, No. 4 (Oct., 1898), pp. 406-409&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>STEELE, Tom. &#034;Elis&#233;e Reclus et Patrick Geddes, g&#233;ographes de l'esprit'</title>
		<link>https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article26</link>
		<guid isPermaLink="true">https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article26</guid>
		<dc:date>2007-04-01T09:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>1999 13-16 mai. Montpellier. RENCONTRES &#034;L'&#201;cologie sociale et la Cit&#233;. &#201;lis&#233;e Reclus, Patrick Geddes : Les id&#233;es et l'action dans la cit&#233; 1899-1999&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>BEAUCHAMPS, Claire </dc:subject>
		<dc:subject>GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais</dc:subject>
		<dc:subject>STEELE, Tom</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traduction de Claire Beauchamps &lt;br class='autobr' /&gt; La fin du XIXe et le d&#233;but du xxe si&#232;cle ont vu l'apog&#233;e du modernisme dans l'art et dans les id&#233;es. Pendant cette p&#233;riode, des &#233;volutions importantes ont eu lieu dans la production du savoir et la classification des connaissances. L'une de ces &#233;volutions, et non des moindres, est la forte sp&#233;cialisation de la connaissance &#224; la fois dans les universit&#233;s publiques nouvellement mises en place en Grande-Bretagne et dans les grandes &#233;coles de France qui se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Etudes et commentaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;1999 13-16 mai. Montpellier. RENCONTRES &#034;L'&#201;cologie sociale et la Cit&#233;. &#201;lis&#233;e Reclus, Patrick Geddes : Les id&#233;es et l'action dans la cit&#233; 1899-1999&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;BEAUCHAMPS, Claire &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;GEDDES, Patrick (1854-1932). Botaniste et urbaniste &#233;cossais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;STEELE, Tom&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduction de Claire Beauchamps&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La fin du XIXe et le d&#233;but du xxe si&#232;cle ont vu l'apog&#233;e du modernisme dans l'art et dans les id&#233;es. Pendant cette p&#233;riode, des &#233;volutions importantes ont eu lieu dans la production du savoir et la classification des connaissances. L'une de ces &#233;volutions, et non des moindres, est la forte sp&#233;cialisation de la connaissance &#224; la fois dans les universit&#233;s publiques nouvellement mises en place en Grande-Bretagne et dans les grandes &#233;coles de France qui se placent toutes, en quelque sorte, dans la lign&#233;e des universit&#233;s allemandes du XIXe si&#232;cle. En Grande-Bretagne surtout, le mouvement des universit&#233;s modernes doit beaucoup &#224; la volont&#233; d'ouverture des universit&#233;s qui, sous l'influence d'hommes comme Michael Sadler et H.-R. Mackinder, avaient cr&#233;&#233; des &#171; avant-postes universitaires &#187; dans de nombreuses villes industrielles du Nord. Cette perc&#233;e des universit&#233;s a donc jou&#233; un r&#244;le important en incitant les chefs d'entreprise locaux et les pouvoirs publics &#224; fonder des centres universitaires dans les ann&#233;es qui vont de 1870 &#224; 1880 ; ceux-ci sont devenus ind&#233;pendants &#224; la fin du si&#232;cle dernier ou au d&#233;but du xxe si&#232;cle. Ces nouveaux lieux universitaires se d&#233;marquaient des anciennes universit&#233;s d'Oxford et de Cambridge par leur rejet du syst&#232;me coll&#233;gial et leur choix de d&#233;partements de sp&#233;cialit&#233; dans lesquels des sp&#233;cialistes enseignaient des disciplines sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut dire que ces nouvelles universit&#233;s ont jou&#233; un r&#244;le exemplaire &#224; cette &#233;poque dans le d&#233;veloppement de la professionnalisation du travail et de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. En effet, le caract&#232;re sp&#233;cialis&#233; de ces nouvelles universit&#233;s &#233;tait le reflet fid&#232;le de la conception d'une activit&#233; professionnelle aux limites bien d&#233;finies, avec des m&#233;thodes distinctes et des savoirs de sp&#233;cialistes jalousement gard&#233;s, caract&#233;ristiques de la vie professionnelle. Au xviiie si&#232;cle, si&#232;cle des Lumi&#232;res, l'av&#232;nement de la science avait entra&#238;n&#233; le morcellement du savoir et mis &#224; mal l'image de &#171; l'honn&#234;te homme &#187; et de l'&#233;rudit du Moyen &#194;ge, mais c'est le syst&#232;me de l'universit&#233; moderne qui a fait &#233;clater le savoir unifi&#233; et cr&#233;&#233; des disciplines organis&#233;es, enseign&#233;es par des sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette sp&#233;cialisation s'opposait directement au courant de &#171; l'&#233;ducation populaire &#187; qui, &#224; l'exception du positivisme, exaltait la vision globale ou holistique. La pratique de l'&#233;ducation populaire commence r&#233;ellement avec l'ouverture des m&#233;thodes &#171; scientifiques &#187; &#224; un public de masse. Mais c'est de son exp&#233;rience personnelle que le profane tire son d&#233;sir de formation. Pour le profane, l'analyse et la compr&#233;hension scientifique de l'exp&#233;rience personnelle sont l'antidote &#224; la rh&#233;torique du cur&#233; et de l'homme politique, et le commencement de la lib&#233;ration individuelle et politique ; la femme profane intelligente du XIXe, quant &#224; elle, pr&#233;f&#233;rait l'art et la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment les formateurs qui se pr&#233;occupaient de l'instruction populaire d'adultes au XIXe et au d&#233;but du xxe si&#232;cle se sont-ils positionn&#233;s dans cette contradiction qui consistait &#224; r&#233;pondre aussi bien &#224; la demande populaire de tout comprendre qu'&#224; une sp&#233;cialisation de plus en plus grande de la vie professionnelle et des connaissances ? Question peu pertinente, en un sens, puisque aucune des personnes concern&#233;es de l'&#233;poque ne se percevait dans le r&#244;le de formateur d'adultes ni m&#234;me de formateur, tout simplement parce que cette sp&#233;cialisation n'avait pas encore &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e. Dans beaucoup de domaines, elles voulaient simplement, en tant que gens cultiv&#233;s, partager leur enthousiasme pour le changement social avec un public assoiff&#233; de connaissance mais exclu du syst&#232;me universitaire. Si l'on regarde bien le r&#244;le jou&#233; par les deux personnages de cette &#233;tude, on voit clairement que leurs activit&#233;s p&#233;dagogiques ne pouvaient pas &#234;tre s&#233;par&#233;es de leurs convictions politiques. Ils voulaient tous deux mettre au point des corps de savoir authentiques et des m&#233;thodes r&#233;futables, c'est-&#224;-dire susceptibles ou non d'&#234;tre d&#233;montr&#233;es. Reclus comme Geddes sont sans aucun doute des exemples de cette nouvelle classe professionnelle dont le pouvoir provenait de leur expertise (Perkin, 1996). Ils &#233;taient positivistes et ils auraient cru en des solutions apport&#233;es par des experts. Mais ce qui les d&#233;marque de leur &#233;poque, c'est qu'ils se sont appuy&#233;s sur une &#233;thique de progr&#232;s, d'&#233;galit&#233; et de justice sociale. Ils croyaient l'un comme l'autre au service public qui devait &#234;tre &#224; la base de la vie professionnelle, mais pas dans le sens d&#233;voy&#233; d'une ob&#233;issance aveugle &#224; un &#201;tat ou &#224; une autorit&#233; toute puissante, ce qu'est devenue plus tard la caricature de cette conception. L'un et l'autre se caract&#233;risaient en effet par une saine attitude antiautoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme le dit Perkin, la soci&#233;t&#233; britannique a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; se professionnaliser et, de l&#224;, &#224; se moderniser gr&#226;ce &#224; un certain nombre de r&#233;formes qui comprenaient notamment la cr&#233;ation d'un service public professionnalis&#233; bas&#233; sur la m&#233;ritocratie, la nomination de gestionnaires redevables des comptes au public, l'abolition du syst&#232;me des charges h&#233;r&#233;ditaires, et m&#234;me la r&#233;forme des universit&#233;s d'Oxford et de Cambridge. Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'un d&#233;but. Hutton et Marquand ont fait remarquer r&#233;cemment que l'&#201;tat ayant mandat de r&#233;guler la soci&#233;t&#233; qui &#233;tait alors mise en place en Grande-Bretagne conservait encore beaucoup des institutions et des privil&#232;ges quasi m&#233;di&#233;vaux qui permettaient &#224; l'ancien syst&#232;me de survivre (Hutton, 1995 ; Marquand, 1996). Vu sous cet angle, l'&#201;tat britannique diff&#233;rait des modernisations plus tardives qui ont eu lieu dans certains pays d'Europe et au Japon, o&#249; l'on d&#233;veloppa beaucoup plus largement les collectivit&#233;s qui deviendraient partie prenante des r&#233;sultats. Marquand affirme que, si la cons&#233;quence politique en a &#233;t&#233; une importance grandissante de l'&#201;tat et le d&#233;veloppement de l'&#201;tat-providence, l'&#201;tat n'avait pourtant pas &#233;t&#233; inactif dans les d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes. Comme le fait remarquer Karl Polanyi dans la Grande Transformation, les &#233;conomies lib&#233;rales du laisser-faire n'&#233;taient pas du tout une &#233;volution &#171; naturelle &#187; mais au contraire elles s'appuyaient sur une l&#233;gislation &#233;tatique importante. L'&#233;conomie du laisser-faire n'&#233;tait rien de moins qu'une &#171; utopie du march&#233; impos&#233;e par l'&#201;tat &#187;. Ce qui &#233;tait vraiment spontan&#233;, en revanche, ce fut l'activit&#233; &#224; contre-courant, qui mena au mouvement pr&#244;nant une planification sociale. Autrement dit, selon Polanyi, &#171; le laisser-faire &#233;tait planifi&#233;, la planification ne l'&#233;tait pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut consid&#233;rer que Geddes et Reclus rel&#232;vent de ce courant de r&#233;action naturelle &#224; cette &#233;conomie lib&#233;rale qui a tant appauvri la classe ouvri&#232;re en Grande-Bretagne et en Europe. Ils ont largement contribu&#233; &#224; pr&#233;voir et &#224; actualiser ces institutions interm&#233;diaires que Polanyi d&#233;crit comme caract&#233;ristiques de la longue contre-r&#233;volution &#224; l'&#233;conomie du laisser-faire. Ils appartiennent aussi &#224; ce puissant courant de pens&#233;e libertaire qui a jet&#233; les bases d'une conception globale et, simultan&#233;ment, des &#233;tudes r&#233;gionales ; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, ils ont ins&#233;r&#233; la r&#233;gion dans une vision globale du monde. Ni l'un ni l'autre ne croyait &#224; la n&#233;cessit&#233; de fronti&#232;res politiques nationales, et Reclus, en fait, a tr&#232;s t&#244;t mis en garde contre les risques totalitaires de l'&#201;tat-nation. Tous deux pensaient que l'unit&#233; naturelle de l'&#233;tude g&#233;ographique &#233;tait la r&#233;gion &#233;conomique et que celle-ci devrait &#234;tre comprise en termes de soci&#233;t&#233; globale et non pas d'int&#233;r&#234;t national particulier. Ils &#233;taient donc tous les deux de leur &#233;poque mais, sous certains aspects cruciaux, ils &#233;taient en opposition avec celle-ci. Ils &#233;taient tous deux des &#233;ducateurs populaires, faute d'une meilleure expression, et ce que je veux mettre en avant ici, c'est que les formes d'&#233;ducation populaire dans lesquelles ils &#233;taient engag&#233;s constituent des secteurs particuli&#232;rement importants pour le d&#233;veloppement de leurs domaines particuliers sous une forme interdisciplinaire et accessible aux non-sp&#233;cialistes, bien avant que leurs domaines ne deviennent des disciplines acad&#233;miques pour initi&#233;s. Reclus a invent&#233; le terme de &#171; g&#233;ographie sociale &#187; pour d&#233;crire ce qui n'&#233;tait rien d'autre pour lui que &#171; l'histoire dans l'espace &#187; ; quant &#224; Geddes, qui se r&#233;clamait de l'influence de Reclus, il fut l'un des fondateurs de la sociologie britannique et de l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;lis&#233;e Reclus&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_32 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://archives.cira-marseille.info/reclus/local/cache-vignettes/L183xH268/022.65-c0f94.jpg?1652673866' width='183' height='268' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;lis&#233;e Reclus
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &#201;lis&#233;e Reclus (1830-1905) est un g&#233;ographe fran&#231;ais et un th&#233;oricien anarchiste majeur. Il fait ses &#233;tudes en Allemagne avec des professeurs comme Karl Ritter et Friedrich Ratzel qui d&#233;veloppent alors l'id&#233;e de r&#233;gions climatiques et &#233;conomiques. En 1868, la publication de la Terre vaut &#224; Reclus d'&#234;tre reconnu comme un g&#233;ographe de talent (Fleming, 1979 : 144). Il a toujours beaucoup voyag&#233;. Il est particuli&#232;rement boulevers&#233; par l'immigration massive en Am&#233;rique de tous les pauvres gens venus d'Europe et de tous les Irlandais chass&#233;s de leur pays par la famine. Cette exp&#233;rience le convainc que cette discipline naissante qu'est la g&#233;ographie ne doit pas se cantonner &#224; la description de ph&#233;nom&#232;nes physiques et de fronti&#232;res politiques et se doit de refl&#233;ter les mouvements humains et sociaux. Lors de son exil en Suisse, il d&#233;veloppe une forme de socialisme anarchiste qu'il conservera tout au long de sa vie. En m&#234;me temps, il commence &#224; travailler &#224; sa Nouvelle G&#233;ographie universelle qu'il voit comme une introduction &#224; la nouvelle g&#233;ographie. Il est important de souligner que c'est en prison que Reclus a l'id&#233;e d'&#233;crire une encyclop&#233;die de g&#233;ographie, et qu'elle para&#238;t non pas sous la forme d'un volumineux volume destin&#233; &#224; la consommation universitaire mais sous forme de s&#233;ries de fascicules bon march&#233;. Ils lui ont valu des m&#233;dailles d'or de la Soci&#233;t&#233; de g&#233;ographie de Paris en 1892 et de la Soci&#233;t&#233; royale de g&#233;ographie de Londres en 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sa r&#233;putation grandissante lui permet de se voir offrir l'amnistie politique, mais il refuse de retourner en France tant que la m&#234;me faveur n'est pas accord&#233;e &#224; tous les communards en exil. Il est invit&#233; en Belgique pour y donner des cours en formation continue &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles mais au dernier moment les responsables de l'universit&#233;, pris de panique, annulent l'invitation. Reclus, qui &#224; l'origine &#233;tait franc-ma&#231;on, donne ses conf&#233;rences dans une salle locale des francs-ma&#231;ons et participe &#224; la fondation de l'universit&#233; dissidente de Bruxelles (Steele, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc presque contre son gr&#233; que Reclus compte parmi ceux qui fond&#232;rent la g&#233;ographie en tant que discipline universitaire, m&#234;me si, selon le g&#233;ographe belge Wagner, la France est le pays qui a le plus contribu&#233; au d&#233;veloppement et &#224; la popularisation d'une science s&#233;par&#233;e (Ross, 1988 : 93). L'une des raisons invoqu&#233;es est que la popularit&#233; de cette discipline est en grande partie due &#224; la d&#233;faite que la France avait essuy&#233;e lors de la guerre contre la Prusse, pays dont les cartes g&#233;ographiques auraient &#233;t&#233; bien sup&#233;rieures. Selon Ross, la France fut prise alors d'une sorte de fr&#233;n&#233;sie g&#233;ographique, qui entra&#238;na la sortie des premiers bulletins acad&#233;miques tels que l'Explorateur et la Revue de g&#233;ographie ainsi que la demande d'ouverture d'une &#201;cole sup&#233;rieure de g&#233;ographie &#224; Paris. La d&#233;cennie qui suivit 1871 vit la naissance en France de plus de douze soci&#233;t&#233;s de g&#233;ographie rassemblant pr&#232;s de dix mille adh&#233;rents. Pour Ross, cet engouement ne co&#239;ncide pas seulement avec le triomphe de la bourgeoisie, elle en est une partie int&#233;grante, et elle r&#233;pond aux conqu&#234;tes coloniales fran&#231;aises et particuli&#232;rement &#224; celle de l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourtant Reclus, parce qu'il ne partage pas cette orthodoxie, est mis &#224; l'&#233;cart de l'universit&#233;, et il faut attendre soixante-dix ans pour qu'il soit red&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus rompt avec la forme universitaire que la g&#233;ographie a prise en France avec Vidal, qui se concentre sur les caract&#233;ristiques physiques, et il essaie, au contraire, de lui donner une dimension sociologique. Dans ses travaux, il s'int&#233;resse aux gens dans leur environnement, au changement des relations, &#224; l'&#233;volution des institutions et aux rapports entre communaut&#233;s ethniques et linguistiques (Fleming, 1979 : 145).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus est un positiviste qui croit &#224; l'observation de premi&#232;re main &#224; partir de laquelle on peut tirer des g&#233;n&#233;ralisations. Mais m&#234;me s'il reste rigoureusement fid&#232;le au positivisme scientifique, il a une mani&#232;re presque mystique de consid&#233;rer la Terre comme un syst&#232;me de relations spatiales et historiques. Cela peut permettre d'&#233;clairer l'attrait que les travaux de Reclus peuvent avoir aujourd'hui pour les environnementalistes et les &#233;cologistes de la tendance Gaia. La dimension politique qu'il voit dans sa discipline va au-del&#224; de la perspective universitaire, et cela explique pourquoi il adopte le style d'enseignement qu'il admirait dans les cours que Ritter dispensait en Allemagne en 1851. Celui-ci se pr&#233;occupait surtout des points marquants et &#233;vitait &#224; son enseignement de la g&#233;ographie le c&#244;t&#233; ennuyeux qu'elle pouvait avoir dans les livres, rendant ainsi cette discipline accessible &#224; une audience populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus se m&#233;fie des fronti&#232;res qui n'ont rien de naturel et de l'id&#233;e de nation en particulier. Il pense qu'il peut exister des unit&#233;s politiques autonomes fond&#233;es sur des r&#233;gions &#233;conomiquement unifi&#233;es, et il le montre dans son c&#233;l&#232;bre chapitre sur les vall&#233;es que Geddes a repris plus tard. Il redoute surtout le c&#244;t&#233; pervers de l'id&#233;e de nation qu'il d&#233;c&#232;le, d&#232;s 1871, dans le nationalisme allemand. Il pr&#233;dit &#233;galement l'&#233;chec de l'Empire britannique &#224; cause de son absence d'unit&#233; territoriale. Sans &#234;tre insensible &#224; la justesse des luttes identitaires men&#233;es par les minorit&#233;s nationales contre l'oppression imp&#233;rialiste, il pense que les crit&#232;res linguistiques et raciaux ne suffisent pas &#224; unir un peuple. Pour lui, les luttes des minorit&#233;s nationales doivent se situer dans le contexte de la lutte globale pour la justice et ne doivent se mener qu'avec une haute conscience morale des droits et des devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'approche positiviste de Reclus se combine avec sa conception politique r&#233;volutionnaire. Il compte sur la science pour h&#226;ter le &#171; triomphe de la R&#233;publique sociale universelle &#187;. Il pense que la th&#233;orie de l'&#233;volution de Darwin permettra l'av&#232;nement des forces progressistes et que par une observation intelligente les scientifiques pourront mettre au jour et encourager le potentiel de celles-ci. L'une des caract&#233;ristiques de la lecture que Reclus fait de Darwin est qu'il croit plus aux vertus de la solidarit&#233; qu'&#224; la survie du plus fort du fait d'un individualisme acharn&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &#171; C'est toujours par la solidarit&#233;, gr&#226;ce &#224; l'association de forces spontan&#233;es qui se coordonnent entre elles que tout progr&#232;s s'accomplit... L'historien, en juge qui &#233;voque les si&#232;cles pass&#233;s et les fait d&#233;filer sous nos yeux en une procession sans fin, nous montre bien comment la loi de la lutte brutale et aveugle pour la vie, qu'exaltent tant les adorateurs de la r&#233;ussite et du succ&#232;s, est subordonn&#233;e &#224; une seconde loi, celle de l'union d'individus faibles en des organismes de plus en plus d&#233;velopp&#233;s, qui apprennent &#224; se d&#233;fendre contre les forces ennemies, &#224; reconna&#238;tre les ressources de leur environnement et m&#234;me &#224; en cr&#233;er de nouvelles. Nous savons que si nos descendants doivent un jour atteindre un grand destin de libert&#233; et de savoir scientifique, ils le devront &#224; l'union qu'ils sauront r&#233;aliser de plus en plus, &#224; une collaboration incessante des hommes entre eux et &#224; cette entraide qui rend possible la fraternit&#233;. &#187; (Reclus, 1889 ; retraduit de Fleming, 1979 : 150) &lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Reclus n'&#233;crit pas ces lignes pour une brochure politique mais bien dans l'introduction d'un ouvrage universitaire, la Civilisation et les grands fleuves historiques de L&#233;on Metchnikoff, 1889. Reclus ne rejette pas la violence ni la lutte arm&#233;e contre l'&#201;tat oppressif, mais il consid&#232;re l'&#233;ducation comme une n&#233;cessit&#233; absolue de la lib&#233;ration prol&#233;tarienne, car la maturit&#233; de la lutte d&#233;pend du degr&#233; d'&#233;ducation de la classe ouvri&#232;re. Il pense que la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution peut faire la preuve que la classe ouvri&#232;re, en tant que classe, est sup&#233;rieure &#224; la bourgeoisie du fait de la collectivisation et que, comme l'entraide est sup&#233;rieure au capitalisme, le syst&#232;me bourgeois d'&#233;ducation ne peut donc que retarder le d&#233;veloppement moral et intellectuel de la race humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M&#234;me s'il partage le m&#234;me respect que Marx pour un fondement scientifique du socialisme, Reclus se d&#233;marque du socialisme marxiste par l'accent qu'il met sur le r&#244;le de l'individu et de la morale. D'un autre c&#244;t&#233;, il n'est pas d'accord avec les anarchistes am&#233;ricains qui rejettent le socialisme. Reclus pense que la science doit en derni&#232;re instance se soumettre &#224; la conscience, &#171; interpr&#232;te de la voix int&#233;rieure &#187;. Pour lui, comme pour les socialistes &#233;thiques, le signe de l'avanc&#233;e vers une humanit&#233; meilleure se trouve pr&#233;cis&#233;ment dans le d&#233;veloppement de la conscience. C'est par elle que l'individu deviendra un &#234;tre social et fa&#231;onnera ses ambitions dans le cadre du bien de la communaut&#233; tout enti&#232;re, puisque individu et soci&#233;t&#233; sont l'un pour l'autre la cellule et le corps, ind&#233;pendants mais ins&#233;parables &#224; la fois. Par cons&#233;quent, bien que les avanc&#233;es sociales n'arrivent que par la pouss&#233;e des volont&#233;s individuelles, les anarchistes ne peuvent pas accepter le lib&#233;ralisme en mati&#232;re &#233;conomique et ils se revendiquent du collectivisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Patrick Geddes&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_31 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://archives.cira-marseille.info/reclus/local/cache-vignettes/L190xH197/gedrrc-149e3.jpg?1652673866' width='190' height='197' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Patrick Geddes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Patrick Geddes (1854-1932) est un biologiste, sociologue et urbaniste, vivement int&#233;ress&#233; par les th&#233;ories de l'&#233;ducation et de la connaissance, les arts et les lettres, l'histoire et bien d'autres domaines. &#171; Cette vari&#233;t&#233; d'int&#233;r&#234;ts ne r&#233;sulte pas d'une qu&#234;te du savoir pour le savoir, mais d'une tentative de clarifier et de mettre en lumi&#232;re, dans un monde de plus en plus sp&#233;cialis&#233;, les relations r&#233;ciproques entre les diverses branches du savoir au b&#233;n&#233;fice de la vie humaine &#187; (McGrath, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Patrick Geddes grandit et suit l'&#233;cole en &#201;cosse, il &#233;tudie la biologie &#224; Londres. Bien qu'il commence sa carri&#232;re de biologiste &#224; Londres et en France, il s'&#233;tablit &#224; &#201;dimbourg d&#232;s la fin des ann&#233;es 1880. L&#224;, son centre d'int&#233;r&#234;t bascule et il s'occupe des travaux de r&#233;habilitation de la vieille ville, avec en particulier le quartier des Jardins Ramsay transform&#233; en appartements, en r&#233;sidences universitaires et en studios d'artistes, ainsi que l'Outlook Tower, la Tour observatoire, qu'il reconstruit en lui donnant une forme totalement nouvelle de mus&#233;e &#233;ducatif, de laboratoire d'&#233;tude sociologique et r&#233;gionale. &#192; l'instar de Reclus, Geddes commence &#224; s'int&#233;resser &#224; l'organisation des soci&#233;t&#233;s humaines, mais il se concentre surtout sur les relations spatiales qui se manifestent dans la ville et la campagne. &#171; Dans les d&#233;cennies suivantes, Geddes propage sa th&#233;orie tr&#232;s personnelle sur la ville et la soci&#233;t&#233;, qui s'inspire de th&#233;ories r&#233;gionales en biologie et en g&#233;ographie, d'id&#233;es philosophiques (en particulier celles de Platon) et de la pens&#233;e politique anarchiste &#187; (McGrath, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1903, Geddes publie le D&#233;veloppement urbain : &#233;tude des parcs, des jardins et des instituts culturels, qui est un rapport pour la fondation Carnegie de Dunfermline. C'est son premier travail important en urbanisme, qui contribue &#224; le faire conna&#238;tre dans le monde des architectes et des urbanistes. Apr&#232;s 1900, Geddes travaille &#224; Londres o&#249; il est le co-fondateur de la Soci&#233;t&#233; de sociologie et, en 1911, il montre pour la premi&#232;re fois son exposition intitul&#233;e &#171; Villes et urbanisme &#187;. De 1914 &#224; 1924, il vit surtout en Inde o&#249; il participe &#224; un travail d'urbanisme. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1910, il est charg&#233; par l'Organisation sioniste de dessiner et de concevoir les plans de l'universit&#233; h&#233;bra&#239;que de J&#233;rusalem, des jardins p&#233;riph&#233;riques des villes de J&#233;rusalem et de Ha&#239;fa ainsi que d'un certain nombre de colonies dans diff&#233;rents endroits de Palestine. En 1924, Geddes s'installe &#224; Montpellier o&#249; il cr&#233;e le Coll&#232;ge des &#201;cossais, universit&#233; internationale consacr&#233;e &#224; la poursuite de sa philosophie du renouveau de la vie. En 1925, il retourne en Palestine o&#249; il dessine un plan d'ensemble pour la ville de Tel-Aviv, son &#339;uvre la plus importante sans doute. En 1932, Geddes re&#231;oit et accepte un titre de chevalier. Il meurt la m&#234;me ann&#233;e &#224; Montpellier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme beaucoup d'autres acteurs du mouvement pour la formation des adultes, Michael Sadler notamment, Geddes est influenc&#233; lors de ses &#233;tudes &#224; Oxford par les cours et les &#233;crits de John Ruskin. Les doctrines de celui-ci sur la noblesse du travail manuel et sur l'id&#233;al de citoyennet&#233; ont en effet entra&#238;n&#233; une g&#233;n&#233;ration tout enti&#232;re de jeunes id&#233;alistes &#224; se lancer dans la r&#233;forme sociale par la formation. Geddes devient membre de l'Association britannique pour la promotion de la science et il assiste aux congr&#232;s qui ont lieu dans les ann&#233;es qui vont de 1880 &#224; 1890 ; c'est l&#224; qu'il acquiert la conviction que arts, lettres et science sont indissociables et ne doivent pas &#234;tre &#233;tudi&#233;s s&#233;par&#233;ment. On ne dira jamais assez le r&#244;le primordial que l'Association britannique joue &#224; cette &#233;poque dans la popularisation des nouvelles avanc&#233;es des sciences sociales. Par exemple, l'un des groupes qui s'est consacr&#233; aux &#233;tudes de g&#233;ographie a &#233;t&#233; le creuset de ce qui est devenu la &#171; Nouvelle G&#233;ographie &#187; (Cantor, 1960-61). Halford Mackinder qui, avec Sadler, devait plus tard jouer un r&#244;le important dans l'Oxford Delegacy, &#233;tait membre de ce groupe, et il consid&#233;rait l'enseignement de cette mati&#232;re en dehors de la salle de cours comme le plus appropri&#233; &#224; la &#171; Nouvelle G&#233;ographie &#187; et comme le plus agr&#233;able (Brouet, 1975 ; Unstead, 1947)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Geddes fait partie du groupe qui dans l'Association britannique r&#233;unit des sociologues et des &#233;conomistes et discute f&#233;rocement &#224; cette &#233;poque des limites relatives de leurs disciplines respectives. On sait par exemple que, lors du congr&#232;s de 1876, certains savants, au nombre desquels figure Francis Galton, leur ont reproch&#233; leur absence d'approche vraiment scientifique. Ce qui a ensuite entra&#238;n&#233; une importante reformulation du sujet par le chef du groupe J.-K. Ingram, de Dublin, un adepte d'Auguste Comte. Il qualifie les sciences &#233;conomiques modernes de &#171; st&#233;riles et discordantes &#187; et souhaite une nouvelle sociologie qui se baserait sur une synth&#232;se de toutes les connaissances et dans laquelle les probl&#232;mes sp&#233;cifiques seraient consid&#233;r&#233;s comme faisant partie d'un tout plus large (Meller, 1990 : 58).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au congr&#232;s de 1881, Geddes essaie de mettre en avant l'approche globale pr&#233;conis&#233;e par Ingram, et il s'oppose alors &#224; Francis Galton, l'inventeur de l'eug&#233;nisme. Entra&#238;nant ce qui est devenu une rupture embl&#233;matique dans l'approche des sciences sociales, Galton demande ensuite que l'&#233;tude de la g&#233;n&#233;tique soit la base de la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; et il cr&#233;e la Soci&#233;t&#233; d'eug&#233;nisme en 1904, cependant que, la m&#234;me ann&#233;e, Geddes s'oriente dans une direction toute diff&#233;rente et cr&#233;e le Mouvement d'&#233;ducation civique (Abrams, 1968 : 177-98). C'est ainsi que l'opposition entre nature et culture se manifeste sous une forme institutionnelle et se concr&#233;tise dans des formations sociales oppos&#233;es. L'ombre du grand philosophe allemand Friedrich Nietzsche plane sur le d&#233;bat, car son Ainsi parlait Zarathoustra vient d'&#234;tre traduit en anglais, et suscite la r&#233;ponse fac&#233;tieuse : &#171; Ni nature ni culture, mais Nietzsche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jeune Geddes, avec ses &#233;tudes scientifiques, est s&#233;duit par l'approche globale d'Ingram et il voit par ailleurs dans la formation des adultes l'environnement le plus propice pour d&#233;velopper son sujet de fa&#231;on interdisciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'invitation d'Ingram en 1881, il commence son premier enseignement au University College de Dublin, o&#249; se trouve en fait le premier programme d'extension de l'universit&#233;, qui avait &#233;t&#233; lanc&#233; par le cardinal Newman en 1854. Tr&#232;s vite, Geddes d&#233;veloppe ses propres th&#233;ories biologiques sur les sciences sociales et la biologie sociale, et il &#233;met l'id&#233;e qu'en sciences &#233;conomiques le principe &#171; biologique &#187; montre que le principe cl&#233; de l'&#233;conomie n'est pas &#171; un toit et de quoi se nourrir &#187; mais bien &#171; la culture et l'&#233;ducation &#187;. Il est aussi persuad&#233; que les sciences &#233;conomiques s'atrophieraient &#224; l'universit&#233; et devraient atteindre un objectif &#233;ducatif plus large qui impliquerait les deux cat&#233;gories sociales les plus exclues de l'universit&#233;, les femmes et la classe ouvri&#232;re. Meller fait la remarque suivante : &#171; Les th&#233;ories sur l'importance des sciences &#233;conomiques en tant que discipline et sur l'&#233;ducation des adultes deviennent &#233;troitement li&#233;es. Au c&#339;ur du sujet se trouvaient les universit&#233;s et les nouveaux centres de formation universitaire qui se d&#233;veloppaient en province. &#187; (Meller, 1990 : 62 ; voir Armytage, 1995)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En Irlande, Geddes est impressionn&#233; par la vitalit&#233; culturelle du nationalisme irlandais et la possibilit&#233; de construire une identit&#233; panceltique pour tous les peuples subalternes de Grande-Bretagne en r&#233;action &#224; l'h&#233;g&#233;monie de la culture anglaise. Par la suite, sa tentative de lancer un mouvement celtique &#224; &#201;dimbourg n'a jamais vraiment r&#233;ussi. L'une des raisons en est la pr&#233;dominance des Saxons des Basses Terres, dont les relations aux &#201;cossais des Highlands et &#224; la frange celtique se bornent aux histoires sentimentales et aux motifs d&#233;coratifs de l'artisanat d'art anglais. Pourtant la renaissance culturelle qu'il enclenche, gr&#226;ce &#224; des journaux comme son &#233;ph&#233;m&#232;re Evergreen, a contribu&#233; &#224; radicaliser &#224; la fois des artistes et des &#233;crivains &#233;cossais, et l'avant-garde au sud de la fronti&#232;re. On retrouve cette influence dans le principal journal de l'avant-garde, le &lt;i&gt;New Age&lt;/i&gt; d'Alfred Orage (Steele, 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sa conviction de l'interd&#233;pendance entre la science, les arts et les lettres s'est renforc&#233;e &#224; cette &#233;poque par la rencontre avec le philosophe fran&#231;ais Henri Bergson, dont les id&#233;es sur l'&#233;volution cr&#233;atrice sont alors popularis&#233;es par T. E. Hulme dans le New Age (Martin, 1967 ; Steele, 1990). Et, comme Ruskin, il pense que l'esprit nouveau dans l'art provient de l'&#233;merveillement que la science moderne fait na&#238;tre chez l'artiste. Il est particuli&#232;rement sensible &#224; l'id&#233;e qu'on mesure le degr&#233; de modernit&#233; &#224; la capacit&#233; de l'artiste &#224; se r&#233;jouir des nouvelles d&#233;couvertes de la recherche scientifique (Meller, 65).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut donc dire que Geddes fait partie de ce large mouvement de gens qui, avec Ruskin, publient des journaux d'avant-garde, cr&#233;ent des petits cercles de province partout dans le pays et s'engagent dans l'ouverture des universit&#233;s au grand public par une approche interdisciplinaire des mati&#232;res enseign&#233;es (Armytage, 1961). Il appartient donc en g&#233;n&#233;ral &#224; la tendance des socialistes &#233;thiques, qui embrassent une vision plus large du socialisme, tendance qui inclut les socialistes chr&#233;tiens, les v&#233;g&#233;tariens et les spiritualistes th&#233;osophiques. Geddes est &#233;galement associ&#233; &#224; la Fellowship of the New Life (Fraternit&#233; de la nouvelle vie), cr&#233;&#233;e en 1882 par le philosophe &#233;cossais Thomas Davidson, mais il n'en a jamais &#233;t&#233; membre. C'est l&#224; qu'il rencontre Havelock Ellis et Edward Carpenter dont la th&#233;orie sur la sexualit&#233; l'int&#233;resse beaucoup, ainsi que J.-A. Thompson avec lequel il &#233;crit l'&#233;volution sexuelle (1889). Il n'est pas d'accord avec la soci&#233;t&#233; des Fabiens 1 qui se sont s&#233;par&#233;s de la Fraternit&#233; en 1884 avec &#224; leur t&#234;te G.-B. Shaw, Hubert Bland, et les Webb, parce que, pour lui, ils subordonnent les pr&#233;occupations morales au mat&#233;rialisme m&#233;canique. Il ne souscrit pas non plus &#224; la pr&#233;dilection des Fabiens pour un &#201;tat centralis&#233; et une politique d'assistance, parce qu'il estime que le concept de &#171; masses &#187; inclus dans cette conception est incompatible avec sa vision du caract&#232;re central de l'individu et de la volont&#233; cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gr&#226;ce &#224; l'int&#233;r&#234;t qu'il porte aux th&#233;ories biologiques sur la soci&#233;t&#233; et la sexualit&#233;, Geddes a une conception des femmes relativement avanc&#233;e pour l'&#233;poque. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, comme nous avons pu le constater, il adopte la ligne de l'&#233;cole de sociologie de Le Play sur l'&#233;volution organique, qui estime que la soci&#233;t&#233; &#233;volue depuis les formes les plus simples vers les plus complexes, et que l'histoire et la culture jouent des r&#244;les importants dans ce processus. Pour Geddes, les femmes ont un r&#244;le primordial dans la transmission des id&#233;aux culturels, et des traditions dont elles sont en quelque sorte les gardiennes. Cette conception est radicale en ce sens qu'elle reconna&#238;t enfin la femme comme l'&#233;gale de l'homme, mais conservatrice parce qu'elle accepte le r&#244;le traditionnel de la femme dans la famille. De plus, Geddes s'oppose aux suffragettes parce que selon lui l'action de masse ne doit pas se substituer aux volont&#233;s individuelles, et il tient ces propos curieux : &#171; Ce qui s'est d&#233;cid&#233; &#224; l'&#233;poque des protozoaires de la pr&#233;histoire ne peut &#234;tre modifi&#233; par un d&#233;cret du parlement &#187; (Meller : 83). D&#233;monstration &#233;loquente de quelques-unes des limites de l'approche biologiste des questions politiques, qui t&#233;moigne n&#233;anmoins d'un scepticisme salutaire quant &#224; la voie parlementaire vers le socialisme. Selon Geddes, l'&#233;ducation et la civilisation offrent plus que jamais &#224; la femme moderne la possibilit&#233; de r&#233;ussir des relations amoureuses romantiques, base d'un bonheur personnel plein de richesses. 2 Il oublie de pr&#233;ciser s'il en est de m&#234;me pour les hommes ! Le public de cette fin d'&#233;poque victorienne est tr&#232;s choqu&#233; par son livre The Evolution of Sex, paru dans The Contemporary Science Series de Havelock Ellis, comme par les Primitifs, livre &#233;crit par &#201;lie Reclus, fr&#232;re d'&#201;lis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reclus et Geddes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Sur de nombreuses questions, Reclus et Geddes ont des objectifs et des vues en commun. Ils sont dans le fond des positivistes comtiens et ils &#233;prouvent un grand respect pour la connaissance tir&#233;e de l'observation minutieuse et de la m&#233;thodologie scientifique. Ils se m&#233;fient profond&#233;ment de la sp&#233;cialisation acad&#233;mique qui se met rapidement en place dans le secteur universitaire m&#234;me si, dans d'autres domaines, ils approuvent la modernisation de l'&#233;ducation sup&#233;rieure sur la base de principes scientifiques. Ils ont tous deux une sorte d'&#233;clectisme universitaire qui privil&#233;gie les approches globales des questions sociales, ainsi qu'une certaine attitude presque r&#233;v&#233;rentielle pour &#171; l'humanit&#233; &#187; en soi. Aucun secteur scientifique n'est complet &#224; leurs yeux sans sa dimension humaine, et nul art n'a d'int&#233;r&#234;t s'il ne tient compte des avanc&#233;es scientifiques. Libertaires l'un et l'autre de par leurs prises de position sociales, Reclus a un engagement politique plus marqu&#233; dans le mouvement anarchiste, tandis que Geddes essaie, lui, de privil&#233;gier sa position scientifique par rapport &#224; la politique. Engag&#233;s dans le mouvement d'&#233;ducation populaire, ils donnent la priorit&#233; &#224; un public &#233;largi plut&#244;t qu'aux &#233;lites universitaires. S'il ne fait aucun doute que Reclus croit plus que Geddes &#224; la collectivisation &#233;conomique, ils privil&#233;gient l'un comme l'autre l'individu par rapport aux masses et soulignent l'importance d'une culture de la conscience comme base d'une pratique &#233;thique du politique. Quoique tous deux soient oppos&#233;s au principe du &#171; laisser-faire &#187; en &#233;conomie, Geddes tient davantage &#224; l'id&#233;e qu'il faut planifier pour lutter contre les forces du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui attire Geddes vers les id&#233;es de Reclus, c'est la formulation du concept de g&#233;ographie qui lui parait &#234;tre l'extension naturelle du mouvement d'&#233;tude de l'humanit&#233; dans ses diff&#233;rents contextes environnementaux. Le chapitre de Reclus sur les vall&#233;es, en particulier, a plu &#224; Geddes parce qu'il propose l'&#233;tude plausible et possible d'une unit&#233; r&#233;gionale. Il est tellement s&#233;duit par ce concept qu'il en fait l'&#233;l&#233;ment central de l'instrument qu'il met en place &#224; &#201;dimbourg pour l'&#233;ducation du grand public, la Tour observatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Celle-ci est une sorte de mus&#233;e et d'espace p&#233;dagogique que Geddes cr&#233;e dans la vieille ville d'&#201;dimbourg, avec l'intention d'y mettre en place une sorte de laboratoire d'analyse du progr&#232;s social et de la compr&#233;hension sociale. Meller donne un r&#233;sum&#233; &#233;loquent de ses objectifs et de ses vis&#233;es radicales :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &#171; Il innovait par son &#233;tude du lieu et des gens qui y vivent, ce qui avait jusque-l&#224; &#233;t&#233; laiss&#233; de c&#244;t&#233; par le syst&#232;me &#233;ducatif conventionnel. Les disciplines appropri&#233;es, comme la g&#233;ographie et la g&#233;ologie, l'histoire de l'&#233;conomie et les sciences naturelles et sociales, &#233;taient soit faiblement &#233;tablies dans l'universit&#233;, soit carr&#233;ment absentes des institutions britanniques, et Geddes faisait partie des rares personnes qui, dans le milieu universitaire, essayaient de pallier ces carences. Dans les ann&#233;es 80, H.-J. Mackinder et Toynbee avaient respectivement ouvert une br&#232;che en g&#233;ographie et en histoire. En ce qui concerne Geddes, il y avait une diff&#233;rence. Pour lui, la r&#233;forme des disciplines acad&#233;miques ne suffisait pas. Il fallait faire une synth&#232;se de toutes les nouvelles connaissances, et celles-ci devaient se fonder sur l'exp&#233;rience autant que sur la th&#233;orie. Ce centre d'&#233;tude r&#233;gionale qu'&#233;tait la Tour observatoire devait permettre des activit&#233;s p&#233;dagogiques d'un genre tout &#224; fait nouveau qui d&#233;bordaient les limites des &#233;tudes traditionnelles. &#187; (Meller, 1990 : 93)&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Faut-il vraiment s'&#233;tonner que la Tour observatoire n'ait re&#231;u aucun financement de l'universit&#233; d'&#201;dimbourg, bien que la municipalit&#233; l'ait subventionn&#233;e au titre de mus&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ensuite, au cours des ann&#233;es 80, Geddes organise les Rencontres d'&#233;t&#233; d'&#201;dimbourg, cours d'&#233;t&#233; qui ressemblent &#224; ceux qui se tiennent &#224; Chautauqua aux USA. Persuad&#233; que les m&#233;thodes traditionnelles ne peuvent que paralyser la cr&#233;ativit&#233; et l'int&#233;r&#234;t des &#233;tudiants, Geddes utilise ces cours comme une conjoncture favorable &#224; des m&#233;thodes et &#224; des activit&#233;s d'enseignement exp&#233;rimentales. Il pr&#233;voit du travail pratique de laboratoire et des &#233;tudes sur le terrain, et il dissuade les &#233;tudiants de se sp&#233;cialiser trop &#233;troitement dans un seul sujet. Il encourage l'approche artistique en vue d'une synth&#232;se constructive des r&#233;sultats obtenus. C'est vers ce but qu'il d&#233;veloppe ses &#171; machines qui pensent &#187;, l'une de ses r&#233;alisations les moins r&#233;ussies. On offre cependant aux &#233;tudiants une approche interdisciplinaire des probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux, fond&#233;e &#224; la fois sur les sciences, les arts et les lettres, et on les incite &#224; consid&#233;rer leur travail de fa&#231;on globale. Geddes est persuad&#233; qu'il a &#233;labor&#233; une nouvelle philosophie de l'&#233;ducation et, en effet, le caract&#232;re ouvert, interdisciplinaire, et la participation directe qu'il a favoris&#233;s sont d&#233;sormais des leitmotive de la formation des adultes. La pr&#233;sence d'un certain nombre de jeunes femmes &#171; aux id&#233;es avanc&#233;es, &#187; qui ont lu son Evolution of Sex, n'est pas la moindre raison, il faut le dire, de l'atmosph&#232;re passionnante de ces cours d'&#233;t&#233;. Et m&#234;me si cette ambiance lib&#233;r&#233;e est somme toute d'une grande moralit&#233;, de nombreuses histoires d'amour durables s'y nouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus en personne participe au moins &#224; l'un de ces cours d'&#233;t&#233;, de m&#234;me que Demolins, disciple de Le Play. S'impose ainsi l'id&#233;e de l'&#233;tude r&#233;gionale et de l'utilisation de m&#233;thodes et d'approches qui ne sont pas encore &#233;tablies dans les universit&#233;s. Il faut rappeler aussi cette autre r&#233;alisation &#224; laquelle ils travaillent ensemble, le Globe Project 3, qui &#233;claire le lien important entre l'&#233;tude r&#233;gionale et le contexte global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au milieu des ann&#233;es 90, Geddes semble &#234;tre dans une impasse au niveau th&#233;orique. L'&#233;cole de Le Play, qui a beaucoup marqu&#233; la fin des ann&#233;es 70, s'est, sous l'influence de son ami Demolins, engag&#233;e &#224; tel point dans la voie du &#171; d&#233;terminisme environnemental &#187; qu'elle ne laisse plus de place au r&#244;le de l'intervention humaine, et tout particuli&#232;rement &#224; l'activit&#233; culturelle. Des &#233;tudes sociales contemporaines men&#233;es aux USA parmi des groupes d'immigrants vont &#233;galement &#224; l'encontre de cette approche en montrant par exemple que l'environnement g&#233;ographique joue un r&#244;le bien moins important dans l'&#233;conomie locale et dans la communaut&#233; que les facteurs familiaux ramen&#233;s d'Europe. Geddes se tourne alors vers son autre courant de pr&#233;dilection fran&#231;ais, le positivisme d'Auguste Comte, qui ach&#232;ve de le convaincre que l'instruction est la cl&#233; de tout progr&#232;s. Il emprunte aussi &#224; Auguste Comte la conviction que la sociologie repr&#233;sente l'organisation supr&#234;me de la connaissance et qu'il est n&#233;cessaire de cr&#233;er une &#233;lite p&#233;dagogique d'intellectuels non sp&#233;cialistes capables de faire une synth&#232;se de toute la connaissance. T&#226;che difficile, m&#234;me pour Geddes, mais il est convaincu qu'il d&#233;tient, avec la Tour observatoire, un instrument p&#233;dagogique id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'organisation spatiale de celle-ci permet un d&#233;coupage du savoir g&#233;ographique qui am&#232;ne l'&#233;tudiant du particulier au g&#233;n&#233;ral. Le visiteur commence par le toit et, l&#224;, dans la chambre noire, il peut visualiser sur les murs la ville d'&#201;dimbourg et ses environs. L'&#233;tage au-dessous est consacr&#233; &#224; l'&#233;volution historique d'&#201;dimbourg, sa situation pr&#233;sente et son potentiel dans l'avenir. Au sol se trouve une immense carte d'&#201;cosse et aux murs des illustrations et des tableaux sur son histoire et sa g&#233;ographie. L'&#233;tage suivant est, lui, consacr&#233; &#224; l'Empire britannique (avec un emplacement sp&#233;cial sur les &#201;tats-Unis) et &#224; la diffusion de la langue anglaise. On voit plus bas l'Europe et au rez-de-chauss&#233;e le monde. Geddes invente aussi des diagrammes symboliques d'inspiration celte qui illustrent sa vision du monde, notamment un Arbre de la vie en vitrail sur lequel sont repr&#233;sent&#233;s la racine commune et toutes les branches de la connaissance. Le symbolisme artistique est la cl&#233; indispensable pour comprendre Geddes ; en effet, son contenu m&#233;taphorique permet de voir avec une dynamique imaginative que le discours scientifique seul ne peut &#233;galer. D'apr&#232;s Meller, &#171; plus excessive &#233;tait la fuite symbolique dans l'imagination, plus il insistait sur le but pratique qu'il avait en vue &#187; (Meller, 1990 : 103). Cette Outlook Tower est donc essentiellement un outil p&#233;dagogique pratique qui, par son agencement m&#234;me, peut &#233;voquer &#224; la fois le caract&#232;re sp&#233;cifique de l'enqu&#234;te intellectuelle et le tout ultime de la connaissance. N&#233;anmoins, cette tour sugg&#232;re une hi&#233;rarchie dans les savoirs et une s&#233;paration lin&#233;aire des &#233;tudes qui ne refl&#232;tent pas vraiment la conception globale de Geddes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est Reclus qui va sugg&#233;rer l'id&#233;e d'un symbole appropri&#233; qui va les r&#233;unir dans une exp&#233;rience p&#233;dagogique commune, m&#234;me si, en fin de compte, elle se traduit par un &#233;chec. En 1895, Reclus se lance en effet dans une campagne pour la construction d'un immense globe terrestre qu'il veut pr&#233;senter &#224; l'exposition universelle de Paris en 1900. Celui-ci devait, comme la Tour observatoire, &#234;tre un outil p&#233;dagogique permanent qui aurait pu &#234;tre r&#233;actualis&#233; avec de nouvelles donn&#233;es au fur et &#224; mesure que les explorations et enqu&#234;tes g&#233;ographiques le permettraient (Reclus, 1898) C'&#233;tait l&#224; pour Reclus une m&#233;taphore primordiale de l'unit&#233; cosmique de la vie humaine et des liens universels que celle-ci suppose, faisant fi des fronti&#232;res politiques, de races ou de croyances, et elle &#233;tait la d&#233;monstration m&#234;me d'une humanit&#233; commune. Extr&#234;mement s&#233;duit par ce projet, Geddes &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; &#171; Plus qu'un simple mod&#232;le scientifique dans un institut, ce globe terrestre est l'image m&#234;me, le temple de la plan&#232;te m&#232;re, et son concepteur n'est pas simplement un professeur moderne qui si&#232;ge dans sa chaire mais un grand pr&#234;tre druide officiant dans son cercle de pierres imposantes, tel un mage oriental qui initie aux myst&#232;res cosmiques... Le monde dans son unit&#233; a d&#233;sormais sa base et son symbole de la fraternit&#233; des hommes qui le peuplent. La science est un art, la g&#233;ographie et le travail ont fusionn&#233; dans un r&#232;gne de paix et de bonne volont&#233;. &#187; (Meller, 1990 : 105)&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; On peut reconna&#238;tre en Geddes un authentique adepte de ce &#171; culte de l'humanit&#233; &#187; que la pens&#233;e positiviste s'effor&#231;ait de r&#233;aliser, mais aussi le mage de la renaissance celte qui sombrait parfois dans une esp&#232;ce de charabia &#233;sot&#233;rique. Tout scientifique sceptique qu'il soit, il y a aussi en lui l'initi&#233; mystique, convaincu de l'unit&#233; profonde sous-jacente &#224; toute chose humaine. En fait, les traductions r&#233;centes des religions et philosophies indiennes ont r&#233;veill&#233; en lui ses anciennes pr&#233;occupations mystiques, qui datent de l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait proche de la fraternit&#233; de la Nouvelle Vie. Il faut cependant reconna&#238;tre que Geddes n'est jamais tomb&#233; dans les travers farfelus de cette id&#233;ologie et qu'il s'est plut&#244;t consacr&#233; &#224; l'id&#233;e d'une citoyennet&#233; mondiale qui va de pair avec des droits et des devoirs civiques, et que pour lui le symbolisme n'est qu'un moyen de stimuler le d&#233;sir. L'instruction civique est sa principale pr&#233;occupation, mais la Tour observatoire et le projet de globe terrestre ont peut-&#234;tre &#233;t&#233; pour lui une mani&#232;re d'affronter par la pratique ses difficult&#233;s th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son projet primitif, il avait eu l'id&#233;e d'utiliser la tour comme prototype d'un nouveau genre de mus&#233;e avec une fonction p&#233;dagogique de r&#233;forme sociale plut&#244;t que pour susciter le go&#251;t des antiquit&#233;s. Il voit ce type in&#233;dit de mus&#233;e comme une sorte d'illustration de l'&#233;volution sociale et, par son r&#244;le de centre d'&#233;tudes actives, un compl&#233;ment de la biblioth&#232;que moderne, telle qu'il l'entend. Il devait contenir une classification des mat&#233;riaux conform&#233;ment &#224; la th&#233;orie de l'&#233;volution, et l'on privil&#233;gierait la repr&#233;sentation visuelle. Il avait commenc&#233; &#224; dresser ce qu'il appelait &#171; un index du mus&#233;e &#187;, qui ressemblait &#224; une encyclop&#233;die &#171; dont les articles pourraient &#234;tre imprim&#233;s s&#233;par&#233;ment et dont les illustrations et les cartes pourraient &#234;tre r&#233;unies et pr&#233;sent&#233;es sous forme d'une s&#233;rie d'&#233;tiquettes, auxquelles on ajouterait autant que possible des sp&#233;cimens &#187; (cit&#233; par Meller, 1990 : 110). Geddes pense que le projet du globe terrestre est compl&#233;mentaire de la Tour observatoire (et permettrait une s&#233;miologie masculin/f&#233;minin &#233;galement int&#233;ressante) puisqu'il constituait un point de r&#233;f&#233;rence g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais la construction du globe doit &#234;tre abandonn&#233;e, faute de moyens que ni Reclus ni Geddes ne r&#233;ussissent &#224; trouver. Geddes choisit alors une deuxi&#232;me solution et il transplante son cours d'&#233;t&#233; &#224; Paris pendant la dur&#233;e de l'Exposition universelle de 1900. Celle-ci lui sert d'outil p&#233;dagogique, et il obtient d'excellents r&#233;sultats. Pendant ces quatre mois d'exposition, il y a 134 formations avec 800 cours et une participation moyenne de 40 &#224; 50 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Cette courte &#233;tude montre qu'avant que n'apparaissent sous leur forme institutionnelle de disciplines acad&#233;miques les sciences sociales et les branches qui y sont li&#233;es, sciences &#233;conomiques modernes, histoire sociale, sociologie, g&#233;ographie, anthropologie et psychologie sociale, il existait bel et bien des possibilit&#233;s de formations interdisciplinaires pour ceux qui avaient la motivation n&#233;cessaire. Reclus et Geddes apparaissent, sous certains aspects, comme les derniers de ces &#171; &#233;rudits &#187; qui voulaient tout conna&#238;tre avant que la sp&#233;cialisation professionnelle ne vienne, petit &#224; petit, abolir cette possibilit&#233;. Ils se situent dans la lign&#233;e de la pens&#233;e positiviste &#233;labor&#233;e par Auguste Comte et les saint-simoniens, tout en soutenant aussi que les connaissances sont profond&#233;ment globales et li&#233;es entre elles. Dans le cas de Geddes, on peut dire que cela est d&#251; au climat &#171; orientaliste &#187; qui r&#233;gnait parmi les imp&#233;rialistes chr&#233;tiens lib&#233;raux et les socialistes mystiques comme Edward Carpenter et Huxley lui-m&#234;me. Pour ce qui est de Reclus, son insistance sur la primaut&#233; de la conscience est peut-&#234;tre due aux r&#233;miniscences de jeunesse, quand il avait manifest&#233; la vell&#233;it&#233; de devenir pasteur calviniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est une &#233;poque importante pour l'&#233;ducation populaire, car la pertinence sociale donne sa vitalit&#233; &#224; l'approche interdisciplinaire. Reclus et Geddes veulent avant tout des r&#233;formes sociales et, pour eux, le caract&#232;re sp&#233;cialis&#233; de leur discipline est un moyen d'acc&#233;l&#233;rer l'&#233;volution sociale. Ils croient tous deux &#224; cette position positiviste : il suffit de pr&#233;senter scientifiquement aux &#233;tudiants la v&#233;rit&#233; sur les probl&#232;mes sociaux pour qu'ils soient incit&#233;s &#224; changer la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent. Ils croient fermement au pouvoir de la volont&#233; individuelle pour promouvoir le changement. Reclus penche vers le collectivisme en &#233;conomie et il partage la conception de l'entraide de Kropotkine. Geddes pense que Reclus est trop individualiste et qu'il n&#233;glige le pouvoir des institutions interm&#233;diaires entre l'&#201;tat et les individus. C'est la raison pour laquelle, selon lui, l'instruction civique est la pierre de touche de l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M&#234;me si ces projets p&#233;dagogiques peuvent appara&#238;tre comme les derni&#232;res manifestations d'un holisme devenu archa&#239;que, r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que et d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#224; un nouveau monde de sp&#233;cialisation, il est int&#233;ressant de constater &#224; quel point d'autres aspects de leurs activit&#233;s sont proph&#233;tiques. Ils ont tous les deux compris tr&#232;s t&#244;t le c&#244;t&#233; superficiel des fronti&#232;res nationales et le grand danger que les th&#233;ories racistes et nationalistes allaient faire courir au monde. Pr&#232;s d'un si&#232;cle avant que le terme de globalisation ne devienne &#224; la mode, ils ont essay&#233; de promouvoir la vision globale comme moyen d'&#339;uvrer pour la paix et l'harmonie. Et des dizaines d'ann&#233;es avant que l'on ne parle de l'Europe des r&#233;gions, ils ont pr&#233;conis&#233; l'&#233;conomie r&#233;gionale qui est pour eux une v&#233;ritable unit&#233; d&#233;mocratique de sociabilit&#233;. Reclus a &#339;uvr&#233; &#224; la fondation d'un nouveau type d'universit&#233;s, ouvertes &#224; tous comme l'Universit&#233; nouvelle de Bruxelles, et Geddes a estim&#233; que l'universit&#233; devait &#234;tre au c&#339;ur de la vie culturelle et sociale de la ville, et pas une tour d'ivoire lointaine dans laquelle on formait une &#233;lite de sp&#233;cialistes dans leur mati&#232;re. Ils ont donc eu une influence certaine sur la nouvelle g&#233;n&#233;ration d'universit&#233;s publiques qui, en Grande-Bretagne, reconnaissaient l'importance de l'&#233;ducation populaire mais qui, au lieu d'en faire le centre de leur mission, la transformaient en ghetto en la cantonnant dans des d&#233;partements hors des murs des universit&#233;s. &#192; l'aube de l'enseignement universitaire de masse, la parcellisation moderniste du savoir sp&#233;cialis&#233; risque de s'av&#233;rer archa&#239;que &#224; son tour, et les universit&#233;s devront repenser leur r&#244;le par rapport aux communaut&#233;s dans lesquelles elles se trouvent. Si c'est le cas, alors, l'approche globale de la connaissance de Reclus et de Geddes bas&#233;e sur l'exp&#233;rimentation et l'interdisciplinarit&#233; sera tr&#232;s pr&#233;cieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Tom Steele&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://patrickgeddes.co.uk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir aussi le site consacr&#233; au professeur Geddes et son &#034;Outlook Tower&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Abrams, P. (1968) : The Origins of British Sociology : 1834-1914, Chicago, University of Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Armytage, W.H.G. (1955) : Civic Universities : Aspects of a British Tradition, London, Benn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Armytage, W.H.G. (1961) : Heavens Below ; Utopian Experiments in England 1560-1960, London, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Blouet, B. W (1975) : &#171; Sir Halford Mackinder 1861-1947 : Some New Perspectives &#187;, Research Paper, 13, pamphlet, School of Geography, University of Oxford : 8-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cantor, L.M. (1960-61) : &#171; Halford Mackinder : Pioneer of Adult Education &#187;, Rewley House Papers 3 : 24-29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Fleming, M (1979) : The Anarchist Way to Socialism, Elis&#233;e Reclus and Nineteenth Century European Anarchism, New Jersey, Croom Helm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Holbrook Jackson, G (1939) : &#171; The Discovery of the Celt &#187; in The Eighteen Nineties, A Review of Art and Ideas at the Close of the Nineteenth Century, Harmondsworth, Penguin Books&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Hutton, W (1995) : The State We're In, London, Cape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; McGrath, J (1996) : &#171; The Life of Sir Patrick Geddes &#187;, The Papers of Sir Patrick Geddes at Strathclyde University Archives, University of Strathclyde website, URL http://strath.ac.uk...._Catalogue_Geddes_&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Papers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marquand, D (1996) : &#171; The Great Reckoning &#187;. Prospect, July, 1996 : 67-71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marriott, S (1987) : &#171; A Social Role for the Universities ? French Reactions to the English University Extension Movement of the 1890s' &#187;. Trad. fr. &#171; Un r&#244;le social pour les universit&#233;s ? R&#233;actions fran&#231;aises au mouvement d'extension des universit&#233;s en Angleterre dans les ann&#233;es 1890 &#187; in G. Ueberschlag et F. Muller (&#233;d.), Education Populaire : objectif d'hier et d'aujourd'hui (Presses universitaires de Lille), 41-67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Martin, W (1967) : The New Age Under Orage : Chapters in English Cultural History, Manchester University Press. Manchester&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Meller, H. (1990) : Patrick Geddes Social Evolutionist and City Planner, London, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nettlau, Max (1928) : Elis&#233;e Reclus, Anarchist und Gelehrter (1830-1905), Fritz Kater, Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Perkin, H (1996) : The Third Revolution : Professional Elites in the Modern World, London, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Polanyi, K (1972) : la Grande Transformation, aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus, Elis&#233;e (1898) : &#171; A Great Globe &#187;, Geographical Journal XII (4) : 401-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus, Elis&#233;e (1982) : l'Homme et la Terre, vol. I, Paris, Maspero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus, Elis&#233;e (1889) : pr&#233;face &#224; L&#233;on Metchnikoff, la Civilisation et les Grands Fleuves historiques, Paris, p. XXVII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ross, K. (1988) : The Emergence of Social Space : Rimbaud and the Paris Commune, University of Minnesota Press,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Scott, P (1995) : The Meanings of Mass Higher Education, Open University/SRHE press, Milton Keynes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Steele, T (1990) : Alfred Orage and the Leeds Arts Club 1893- 1923, Aldershot, Scolar Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Steele, T (1997a) : The Emergence of Cultural Studies 1945-65 ; Cultural Politics, Adult Education and the English Question, Lawrence and Wishart, London.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Steele, T. (1997b) : &#171; French Radical Freemasonry, Scientific Positivism and the Rise of the Universit&#233;s Populaires &#187; in Barry J. Hake and Tom Steele (eds), Cross Cultural Studies in Continuing Education, Leeds Studies in Continuing Education, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Unstead, J. F. (1947) : &#171; H.J. Mackinder and the &#8220;New&#8221; Geography &#187;, Geographical Journal CX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Wright, T. R (1986) : The Religion of Humanity, The Impact of Comtean Positivism on Victorian Britain, Cambridge, Cambridge University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Zeldin, T (1967) : &#171; Higher Education in France, 1848-1940 &#187;, Journal of Contemporary History, vol. II, n&#176; 3, 1967, 53-80.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
