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	<title>Elis&#233;e Reclus, le site</title>
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		<title>BOINO, Paul. &#034;Une g&#233;ographie pertinente et combattante&#034;</title>
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		<dc:date>2007-12-01T19:54:19Z</dc:date>
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		<dc:subject>BOINO, Paul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Itin&#233;raire, (1998) N&#176; 14-15, p. 80-90.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Bibliographie des articles et livres relatifs &#224; Elis&#233;e Reclus&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;BOINO, Paul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?article31' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Itin&#233;raire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, (1998) N&#176; 14-15, p. 80-90.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>BOINO, Paul. &#034;Plaidoyer pour une g&#233;ographie reclusienne&#034;</title>
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		<dc:date>2007-11-10T10:21:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>1999 13-16 mai. Montpellier. RENCONTRES &#034;L'&#201;cologie sociale et la Cit&#233;. &#201;lis&#233;e Reclus, Patrick Geddes : Les id&#233;es et l'action dans la cit&#233; 1899-1999&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>BOINO, Paul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans R&#233;fractions, n&#176; 4 (oct. 1999) &lt;br class='autobr' /&gt; Occult&#233; pr&#232;s d'un si&#232;cle durant, &#201;lis&#233;e Reclus a b&#233;n&#233;fici&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es d'un regain d'int&#233;r&#234;t dans la communaut&#233; scientifique, voire au-del&#224;. Depuis la fin des ann&#233;es 1970, des articles lui ont &#233;t&#233; &#224; nouveau consacr&#233;s , des ouvrages &#233;galement et m&#234;me une th&#232;se . De colloques en r&#233;&#233;ditions de textes originaux , son &#339;uvre a progressivement &#233;t&#233; sortie de l'ombre, et les hommages &#233;logieux se sont peu &#224; peu multipli&#233;s . Hier encore (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Etudes et commentaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;1999 13-16 mai. Montpellier. RENCONTRES &#034;L'&#201;cologie sociale et la Cit&#233;. &#201;lis&#233;e Reclus, Patrick Geddes : Les id&#233;es et l'action dans la cit&#233; 1899-1999&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://archives.cira-marseille.info/reclus/spip.php?mot73" rel="tag"&gt;BOINO, Paul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;R&#233;fractions&lt;/i&gt;, n&#176; 4 (oct. 1999)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Occult&#233; pr&#232;s d'un si&#232;cle durant, &#201;lis&#233;e Reclus a b&#233;n&#233;fici&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es d'un regain d'int&#233;r&#234;t dans la communaut&#233; scientifique, voire au-del&#224;. Depuis la fin des ann&#233;es 1970, des articles lui ont &#233;t&#233; &#224; nouveau consacr&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment dans la revue H&#233;rodote.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des ouvrages &#233;galement et m&#234;me une th&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En l'occurrence, celle de B&#233;atrice Gibblin, actuelle directrice de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De colloques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De celui de Bruxelles en 1986 &#224; celui de Sainte-Foy-la-Grande en 1998.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en r&#233;&#233;ditions de textes originaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des extraits de L'Homme et la Terre, mais aussi Histoire d'un ruisseau ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, son &#339;uvre a progressivement &#233;t&#233; sortie de l'ombre, et les hommages &#233;logieux se sont peu &#224; peu multipli&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour le g&#233;ologue am&#233;ricain J. O. Berkland, Reclus est un des tous premiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hier encore rel&#233;gu&#233; au rang de g&#233;ographe pr&#233;-scientifique, essentiellement descriptif et m&#234;me, selon Engels, de compilateur ordinaire, politiquement cafouilleux et rien d'autre, Reclus ne tend-il pas &#224; &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233; aujourd'hui comme un des principaux fondateurs, si ce n'est le fondateur de la g&#233;ographie scientifique, analytique et d&#233;monstrative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce concert de louanges ne doit pas, cependant, nous induire en erreur. S'il marque une red&#233;couverte au moins partielle de Reclus, ainsi qu'une r&#233;habilitation certaine, il n'indique pas pour autant une r&#233;surgence d'une g&#233;ographie telle que pouvait l'entendre ce g&#233;ographe libertaire. La plupart de ceux et de celles qui lui rendent hommage ne s'inscrivent ni dans le cadre de ses id&#233;es scientifiques, ni &#224; fortiori de ses conceptions politiques. Cela n'implique m&#234;me pas qu'ils reprennent, en la r&#233;actualisant ou non, sa simple d&#233;marche de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les morts appartiennent aux vivants, les h&#233;ritages ne sont pas seulement revendiqu&#233;s pour perp&#233;tuer le pass&#233;, mais essentiellement pour construire le pr&#233;sent et se projeter dans l'avenir. Et le retour en gr&#226;ce de Reclus nous renvoie, pour l'heure, ce qui ne veut pas dire uniquement, &#224; la qu&#234;te d'un p&#232;re fondateur plus pr&#233;sentable que d'autres. Cela rend compte, au moins partiellement, de la recherche d'un anc&#234;tre quasi tot&#233;mique plus &#224; m&#234;me de l&#233;gitimer les recherches que ces nouveaux z&#233;lateurs entendent entreprendre. Somme toute, les lauriers que d'aucuns tressent aujourd'hui &#224; Reclus peuvent, effectivement, &#234;tre lus comme autant d'arguments incantatoires dans un discours &lt;i&gt;pro domo&lt;/i&gt; tenu afin de l&#233;gitimer son propre paradigme, sa propre d&#233;marche de recherche, ses propres probl&#233;matiques et ses propres analyses ; ce constat d'&#233;vidence pouvant nous &#234;tre adress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien toute l'ambivalence de la red&#233;couverte de Reclus qui est pos&#233;e ici. Nombreux sont ceux et celles qui s'accordent &#224; reconna&#238;tre l'int&#233;r&#234;t de son &#339;uvre et, pourtant, combien tentent d'en reprendre le fil, d'en prolonger la d&#233;marche ou d'en r&#233;actualiser l'esprit, sinon la lettre ? Cette distorsion, si ce n'est cette contradiction entre une r&#233;f&#233;rence toute th&#233;orique et une praxis qui lui reste &#233;trang&#232;re, distille in&#233;vitablement le sentiment ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, naturalise l'id&#233;e (sans jamais la d&#233;montrer) que les analyses et que les m&#233;thodes de Reclus, vieilles d'un si&#232;cle, sont d&#233;sormais d&#233;pass&#233;es et que si elles peuvent fort bien servir d'acte fondateur &#224; la g&#233;ographie actuelle, elles ne peuvent pr&#233;tendre en &#234;tre ni la lettre, ni l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommages &#233;logieux peuvent, de fait, &#234;tre lus comme un nouvel enterrement de Reclus. S'il est c&#233;l&#233;br&#233; aujourd'hui en grandes pompes, il ressemble malgr&#233; tout sous bien des &#233;gards &#224; celui que lui avait r&#233;serv&#233; nagu&#232;re la corporation des g&#233;ographes. Certes, un Jean Brunhes n'est plus l&#224; pour balayer son &#339;uvre d'un revers de main sous le pr&#233;texte p&#233;remptoire que ce n'est pas de la g&#233;ographie, mais le peu d'empressement &#224; traiter du caract&#232;re ou non heuristique de la pens&#233;e de Reclus non pas il y a un si&#232;cle, mais aujourd'hui ne revient-il pas au m&#234;me ? Cela n'aboutit-il pas &#224; l'exclure du champ de la g&#233;ographie ou du moins de la g&#233;ographie actuelle et de nouveau sans m&#234;me prendre le temps d'en d&#233;battre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si nous nous sommes d&#233;j&#224; attard&#233;s dans un article pr&#233;c&#233;dent sur les motifs profonds de l'occultation de Reclus &#224; l'or&#233;e de ce si&#232;cle, si nous avons pu &#233;galement esquisser quelques-unes des raisons qui, &#224; notre sens du moins, ont pu conduire &#224; sa red&#233;couverte &#224; la fin des ann&#233;es 1970, si nous avons pu, enfin, pr&#233;senter succinctement les principaux traits de son &#339;uvre, de ses concepts et de sa d&#233;marche de recherche, nous voudrions maintenant discuter de sa pertinence actuelle. Tout l'int&#233;r&#234;t de d&#233;battre d'un g&#233;ographe anarchiste mort il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle ne se situe-t-il pas d'ailleurs ici ? Toute la question n'est-elle pas au fond de savoir si sa pens&#233;e n'est plus apte qu'&#224; joliment d&#233;corer les limbes &#233;pist&#233;mologiques de la g&#233;ographie ou bien si elle peut encore nous aider &#224; comprendre le monde qui nous entoure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre propos n'est pas de condamner les analyses strictement &#233;pist&#233;mologiques et les d&#233;bats contradictoires qui peuvent se nouer autour de tel ou tel point d'interpr&#233;tation. Souligner les hiatus, les diff&#233;rences, voire les divergences entre Reclus et ceux qui lui font parfois r&#233;f&#233;rence contribuera, peut-&#234;tre, &#224; passer d'une simple r&#233;habilitation posthume &#224; une v&#233;ritable red&#233;couverte de sa pens&#233;e. Mais si cela est n&#233;cessaire, est-ce pour autant suffisant ? Se limiter &#224; d&#233;fendre sa pens&#233;e contre les interpr&#233;tations abusives, les outrages de sens et les filiations douteuses ne pourrait-il pas laisser entendre, plus ou moins insidieusement, que nous d&#233;nions le droit &#224; quiconque de s'en nourrir librement, si d'aventure il ne l'&#226;nonne pas b&#234;tement ? &#192; l'instar de ceux qui le couvrent de fleurs, pour peut-&#234;tre (et seulement peut-&#234;tre) mieux l'enterrer, prot&#233;ger son &#339;uvre de la sorte ne revient-il pas &#224; l'&#233;touffer ? Cela ne contribue-t-il pas, avec une &#233;gale efficacit&#233;, &#224; st&#233;riliser toute possibilit&#233; de r&#233;surgence d'une g&#233;ographie d'inspiration reclusienne, c'est-&#224;-dire d'une g&#233;ographie qui tout en se fondant sur la d&#233;marche et l'esprit initi&#233;s par Reclus tiendrait compte des avanc&#233;es scientifiques et des &#233;volutions sociales enregistr&#233;es depuis sa mort ? &#192; l'instar des pires universit&#233;s de marxologie, dont le d&#233;funt bloc de l'Est avait le secret, cela ne participe-t-il pas, en derni&#232;re analyse, &#224; une d&#233;marche de sacralisation d'un illustre d&#233;funt et, corollaire oblig&#233;, &#224; une tentative d'ossification de la pens&#233;e des vivants, alors m&#234;me que Reclus d&#233;clarait, comble d'ironie, que &#034; le savant du jour n'est que l'ignorant du lendemain &#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il ne s'agit pas de se satisfaire des quelques r&#233;f&#233;rences actuelles &#224; Reclus et, encore moins, d'en d&#233;duire na&#239;vement que cela correspond &#224; une r&#233;surgence d'une g&#233;ographie reclusienne, il ne s'agit pas non plus, &#224; notre sens du moins, de se complaire &#224; en dresser le constat. Ce qui nous int&#233;resse fondamentalement est davantage de pointer en quoi et jusqu'o&#249; la pens&#233;e de Reclus peut nous aider &#224; lire le monde actuel, le monde tel qu'il est aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question urbaine nous offre un exemple de choix, car Reclus a produit sur ce sujet un grand nombre d'analyses. Ceci est d'autant plus notable qu'il vivait &#224; une &#233;poque o&#249; la g&#233;ographie &#233;tait encore largement centr&#233;e sur la &#034; d&#233;couverte &#034; des terrae incognitae ; le couple ethnologue-g&#233;ographe &#233;tant trop souvent le pendant du duo missionnaire-militaire dans le processus de colonisation. Ceci est &#233;galement remarquable dans le sens o&#249;, d&#232;s l'or&#233;e du xxe si&#232;cle, la g&#233;ographie humaine fran&#231;aise se sp&#233;cialisera, &#224; l'exception notable de l'&#233;cole de Grenoble, dans l'&#233;tude du milieu rural et dans l'analyse r&#233;gionale. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la g&#233;ographie urbaine ne prenne v&#233;ritablement son essor dans ce pays, ce qui fait de Reclus un v&#233;ritable pr&#233;curseur en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse de la ville a &#233;volu&#233; au cours de sa vie, ce qui est bien normal et des contradictions peuvent &#234;tre relev&#233;es selon les textes et les &#233;poques. En fonction de la p&#233;riode choisie, nous pourrions pr&#233;senter une image de la pens&#233;e de Reclus non pas substantiellement, mais sensiblement diff&#233;rente. Car il faut bien choisir, &#224; moins de ne pr&#233;senter qu'une juxtaposition de points de vue plus ou moins d&#233;sarticul&#233;s, nous avons d&#233;cid&#233; de reprendre les analyses qu'il a d&#233;velopp&#233;es &#224; la fin de sa vie, globalement entre 1895 et 1905, en postulant qu'il s'agit l&#224; de sa pens&#233;e la plus aboutie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ultimes analyses ont port&#233; &#224; l'&#233;chelle interurbaine et intra-urbaine. Au niveau le plus large, son article &#034; L'&#233;volution des villes &#034;, publi&#233; en 1895 (qu'il reprendra quasiment in extenso dans son ultime ouvrage l'Homme et la Terre), nous semble particuli&#232;rement int&#233;ressant. Il aborda ici avec beaucoup d'acuit&#233; la question des interrelations entre agglom&#233;rations et posa les fondements des concepts actuels de semis urbain (disposition des villes sur un territoire), d'armature urbaine (structuration d'un territoire par un semis urbain) et de syst&#232;me urbain (syst&#232;me relationnel unissant une armature donn&#233;e), concepts centraux s'il en est de la g&#233;ographie urbaine contemporaine. Reclus d&#233;veloppa &#233;galement dans ce m&#234;me texte un premier mod&#232;le d'organisation interurbaine et de polarisation de l'espace, qui, les statistiques et l'organicisme en moins, a bien peu de chose &#224; envier &#224; celui propos&#233; par W. C. Christaller plus de trente ans plus tard : le mod&#232;le des places centrales.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#034; &#201;tant donn&#233;e une r&#233;gion plane, sans obstacles naturels, sans fleuve, sans port [...] et non divis&#233;e en &#201;tats politiques distincts, la plus grande cit&#233; se f&#251;t &#233;lev&#233;e directement au centre du pays ; les villes secondaires se seraient r&#233;parties &#224; des intervalles &#233;gaux sur le pourtour, espac&#233;es rythmiquement, et chacune d'elles aurait eu son syst&#232;me plan&#233;taire de villes inf&#233;rieures, ayant [&#224; leur tour] leur cort&#232;ge de villages... &#034; &lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce type de mod&#232;le constitue une des trois th&#233;ories fondamentales de la g&#233;ographie actuelle (avec celle de la rente fonci&#232;re et de la diffusion), ce qui nous conduit &#224; consid&#233;rer Reclus non seulement comme un pr&#233;curseur en mati&#232;re d'analyse urbaine, mais &#233;galement et clairement comme un des fondateurs de la g&#233;ographie contemporaine. Ceci ne signifie pas qu'il ait tout invent&#233; et que les g&#233;ographes ult&#233;rieurs n'ont fait que red&#233;couvrir, voire plagier son &#339;uvre. Les id&#233;es qu'il a d&#233;velopp&#233;es en mati&#232;re de semis, d'armature et de syst&#232;me urbain ou encore de polarisation de l'espace sont g&#233;n&#233;ralement rest&#233;es au stade de notion ou, au mieux, de pr&#233;-concept, ce qui n'oblit&#232;re ni leur valeur scientifique, ni l'important travail de conceptualisation qui fut r&#233;alis&#233;, par d'autres, bien apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reclus a enfin d&#233;velopp&#233;, dans ce m&#234;me article, mais aussi dans d'autres &#233;crits, une analyse sur le d&#233;veloppement et l'organisation interne des villes. &#192; travers le traitement d'une ample et large documentation, par de multiples investigations de terrain men&#233;es soit directement, soit indirectement, par l'entremise de quelques coll&#232;gues scientifiques ou de quelques camarades d'anarchie, par l'usage m&#233;thodique de plans et de cartes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le tome II de sa G&#233;ographie universelle, celui consacr&#233; &#224; la France, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi de statistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il utilisa abondamment les densit&#233;s pour mesurer et comparer l'intensit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui &#224; l'&#233;poque (voire aujourd'hui ?) et dans cette discipline &#233;tait pour le moins novateur, &#224; travers enfin quelques approches comparatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les analyses comparatives &#233;taient peu courantes &#224; l'&#233;poque. Elles ne se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; entre agglom&#233;rations (notamment celles entre Paris et Londres), il chercha &#224; montrer la mani&#232;re dont les villes naissent et se d&#233;veloppent, s'organisent et se structurent. Sur ce sujet, comme sur d'autres, il ne se borna pas &#224; multiplier les monographies et &#224; juxtaposer les constats idiographiques. Il essaya d'expliquer les facteurs influant sur le d&#233;veloppement et sur la structuration des villes. Ce faisant, il quitta la simple description de l'&#233;volution urbaine et du fait urbain pour aborder le mode m&#234;me de fabrication des villes. On ne saurait suffisamment souligner le caract&#232;re fondamentalement novateur et moderne de cette approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rejetant l'environnementalisme de K. Ritter, dont il n'a suivi les cours que deux mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De janvier &#224; f&#233;vrier 1851, ce qui relativise l'importance que certains (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Reclus montrera que les facteurs naturels peuvent avoir une influence d&#233;terminante sur l'humaine soci&#233;t&#233;, mais d'un point de vue relatif seulement et ce d'autant plus que l'organisation sociale est moins avanc&#233;e. Il &#233;crira, par exemple, qu'&#034; &#224; l'origine, le grand fleuve s&#233;parait les hommes [...]. Et pourtant cet obstacle infranchissable aux riverains primitifs est devenu le grand v&#233;hicule des civilis&#233;s &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Page 98, NGU, tome I.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin d'&#234;tre soumis en tous lieux et en tous temps &#224; son environnement physique et &#233;cologique, Reclus souligna, ainsi, que les progr&#232;s sociaux permettent &#224; l'Homme de s'&#233;manciper des contraintes naturelles ou, en d'autres termes, que l'Homme &#233;tant la nature prenant conscience d'elle-m&#234;me, il devient progressivement source de sa propre destin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette id&#233;e d'une humanit&#233; se soustrayant progressivement aux contraintes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville, la m&#233;tropole actuelle plus encore que la cit&#233; antique, ne peut, selon Reclus, &#234;tre con&#231;ue comme &#233;tant d&#233;termin&#233;e au premier chef par la nature, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas d'interactions entre ces deux termes. Il s'agit cependant, selon ses dires, du milieu humain le plus artificiel qui soit (comparativement au milieu rural). Il se propose et nous propose, en cons&#233;quence, de chercher du c&#244;t&#233; des facteurs sociaux pour comprendre les causes de son &#233;volution et pour cerner la nature profonde de son organisation et de sa structuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux g&#233;ographes de l'&#233;cole de Grenoble qui, tout au long de la premi&#232;re moiti&#233; du xxe si&#232;cle, s'&#233;vertueront &#224; montrer l'incidence premi&#232;re du site (substrat physique et &#233;cologique sur lequel est fond&#233;e une cit&#233;) et de la situation (position relative d'une agglom&#233;ration urbaine par rapport aux grands ensembles g&#233;omorphologiques) sur la fondation et l'essor des villes, contrairement aussi aux g&#233;ographes vidaliens qui, &#224; travers le possibilisme, tenteront d'expliquer le d&#233;veloppement humain comme relevant d'un effort de soumission du milieu naturel &#224; l'Homme, Reclus s'essaiera &#224; d&#233;montrer que la cr&#233;ation et l'&#233;volution des villes d&#233;pend essentiellement de l'activit&#233; humaine et non de ses rapports avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par-del&#224; les m&#233;taphores naturalistes et les all&#233;gories organicistes, visant &#224; illustrer tel ou tel trait du d&#233;veloppement ou du fonctionnement urbain, Reclus essaiera, du moins &#224; notre avis, de montrer combien la ville prend sa source et son sens dans l'humaine soci&#233;t&#233;. Lorsqu'il souligne, par exemple, toute l'importance des vall&#233;es et des plaines sur la fondation et la destin&#233;e des cit&#233;s, ce n'est pas en tant que simples &#233;l&#233;ments physiques, mais bien parce qu'elles servent de support naturel aux grandes voies de communication. Il notera &#224; ce propos, sur la Belgique, que &#034; la g&#233;ographie [physique] explique la destin&#233;e naturelle de ce pays, comme grand chemin des peuples ; c'est l&#224; qu'avant l'ouverture des routes artificielles s'&#233;tendaient les premi&#232;res campagnes d'acc&#232;s faciles... &#034;. &#192; travers cette r&#233;f&#233;rence au relief, loin de nouer un rapport de d&#233;termination entre Homme et nature, Reclus souligne toute l'importance des &#233;changes entre groupes humains dans le d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. Cela lui permet, plus pr&#233;cis&#233;ment encore, de montrer combien l'apparition du fait urbain dans l'histoire est &#233;troitement associ&#233;e &#224; l'essor des &#233;changes commerciaux, ce que les historiens actuels seraient bien en peine de d&#233;mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reclus souligna &#233;galement le poids des facteurs politiques, voire religieux. Il expliqua, notamment, combien la structuration des ensembles g&#233;opolitiques (&#201;tats, empires, royaumes, colonies, etc.) s'appuie sur les villes et combien cela influe en retour sur leur d&#233;veloppement. L'essor, par exemple, d'une ville comme Lugdunum ne r&#233;pondait-elle pas essentiellement &#224; un effort de structuration de l'Empire romain et, en l'occurrence, des nouvelles provinces celtes, qui venaient d'y &#234;tre int&#233;gr&#233;es ? Ce simple camp de r&#233;fugi&#233;s fond&#233; en 44 avant notre &#232;re n'a-t-il pas &#233;t&#233; promu caput gallarium (capitale des Gaules) d&#232;s l'an 12 par la seule volont&#233; imp&#233;riale ? Aujourd'hui toujours, la pr&#233;sence d'une pr&#233;fecture ou de quelques garnisons n'influe-t-elle pas sur la stature de nombre de centres urbains ? Rome, encore, ne garde-t-elle pas, gr&#226;ce &#224; l'&#233;glise, une aura et un poids bien particulier malgr&#233; la chute de l'Empire ? Ces diff&#233;rents exemples n'accr&#233;ditent-ils pas la th&#232;se de Reclus quant &#224; l'importance des facteurs politiques et religieux, sur la fondation et la prosp&#233;rit&#233; des agglom&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le commerce et la politique sont, en somme, les deux grands facteurs historiques qui, selon Reclus, expliquent la naissance et l'&#233;volution des villes. Mais dans le fil des si&#232;cles, il discerna &#233;galement l'&#233;mergence d'un troisi&#232;me : l'industrie. Quoique tr&#232;s r&#233;cent &#224; l'&#233;chelle de l'histoire humaine, ce nouveau moteur du d&#233;veloppement urbain a cependant g&#233;n&#233;r&#233; l'&#233;mergence d'un grand nombre de nouvelles cit&#233;s et profond&#233;ment boulevers&#233; les villes pr&#233;existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Reclus ne renvoie pas, pour l'essentiel, la destin&#233;e des villes &#224; des facteurs naturels, il ne croit pas non plus que leur structuration interne r&#233;ponde &#224; de quelconques lois naturelles. Son appr&#233;hension de la r&#233;partition des groupes sociaux &#224; l'int&#233;rieur des centres urbains est particuli&#232;rement &#233;clairante en la mati&#232;re. Il se situe, de fait, &#224; l'oppos&#233; des analyses d&#233;velopp&#233;es quelques ann&#233;es plus tard par les sociologues de Chicago. Ces derniers transf&#233;reront des concepts de l'&#233;cologie v&#233;g&#233;tale et animale pour analyser l'organisation interne des villes. Pour eux, la structuration intra-urbaine r&#233;sulterait d'une comp&#233;tition naturelle ou &#233;cologique entre groupes sociaux, en l'occurrence ethniques, pour l'appropriation de l'espace urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, pour notre g&#233;ographe libertaire, cette structuration intra-urbaine ne d&#233;coulerait aucunement de lois naturelles immanentes, c'est-&#224;-dire de lois qui s'imposeraient aussi bien au r&#232;gne v&#233;g&#233;tal et animal, qu'au monde des humains. Elle r&#233;sulterait de la structuration et du fonctionnement m&#234;me d'une soci&#233;t&#233; historiquement dat&#233;e et g&#233;ographiquement localis&#233;e. Pour lui, ce qu'inscrit dans l'espace la r&#233;partition des groupes sociaux et, en l'occurrence, la s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale, ce n'est pas une partition de la soci&#233;t&#233; en diff&#233;rents groupes ethniques, dot&#233;s de niches &#233;cologiques plus ou moins exclusives, mais sa &#034; division en classes sociales, [qui] se marque ainsi entre les ruelles sordides et les avenues somptueuses &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que r&#233;v&#232;le cette s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale ce n'est pas une comp&#233;tition entre groupes sociaux, ou alors une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; comp&#233;tition pour le moins fauss&#233;e, mais une exploitation &#233;conomique des locataires par les propri&#233;taires, exploitation consubstantielle &#224; un syst&#232;me capitaliste, fond&#233; au niveau foncier sur la propri&#233;t&#233; priv&#233; du sol et du b&#226;ti, garanti et prot&#233;g&#233; par l'&#201;tat. Loin d'&#234;tre un trait a-historique et a-spatial, inh&#233;rent &#224; la nature humaine, comme &#224; l'ensemble de la vie, cette structuration intra-urbaine est en somme, pour Reclus, un produit et un reflet du syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est, donc, en terme de milieu essentiellement humain, que Reclus analyse la ville. Et dans son acception des termes, c'est-&#224;-dire dans le contenu qu'il donne &#224; son concept de milieu, cela signifie qu'il l'appr&#233;hende comme un ensemble &#233;minemment social, complexe et dynamique, compos&#233; d'&#233;l&#233;ments diff&#233;rents, parfois antagonistes, comme un ensemble essentiellement d&#233;fini par la nature des interactions qu'entretiennent ses diff&#233;rentes composantes, comme un ensemble, enfin, qui fonctionne non seulement sur lui-m&#234;me, mais aussi en fonction de ses relations avec les autres villes et avec les campagnes. En termes plus actuels, Reclus nous propose d'analyser la ville comme un syst&#232;me social ouvert, produit et reproduit par les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc ainsi, du moins &#224; notre sens, que Reclus analyse la ville et qu'il nous convie &#224; l'appr&#233;hender. C'est au travers d'une d&#233;marche hypoth&#233;tico-d&#233;ductive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Recherches de terrain minutieuses, analyse des r&#233;sultats, formation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rigoureuse et dans une perspective, non pas uniquement mais essentiellement, nomoth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Recherche des d&#233;terminants g&#233;n&#233;raux et non des particularit&#233;s locales ou des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il nous invite aussi &#224; l'&#233;tudier. Loin d'&#234;tre surann&#233;es ou &#233;vent&#233;es, cette acception du fait urbain et de l'&#233;volution urbaine, cette d&#233;marche et cette grille d'analyse peuvent encore nous &#234;tre pr&#233;cieuses aujourd'hui, du moins est-ce notre sentiment. Cela ne veut pas dire, qu'il faille simplement et sottement plaquer des analyses et une approche vieilles d'un si&#232;cle sur la situation pr&#233;sente. Nous ne souhaitons en aucun cas faire l'impasse sur les acquis scientifiques r&#233;alis&#233;s depuis sa mort, ni oblit&#233;rer notre libert&#233; quant &#224; choisir ce qui nous int&#233;resse chez Reclus. Il ne s'agit pas de promouvoir une application stricte de sa pens&#233;e, ce qui d'ailleurs serait d&#233;licat &#224; r&#233;aliser, du fait de son &#233;volution au cours de sa vie. Le d&#233;veloppement qui suit s'en inspire tr&#232;s librement, ce que d'aucuns, peut-&#234;tre, nous reprocherons. Nous esp&#233;rons cependant que le lecteur voudra bien nous accorder le cr&#233;dit que notre libre interpr&#233;tation est r&#233;alis&#233;e explicitement et, en cons&#233;quence, que nous ne cherchons pas &#224; faire parler les morts, mais simplement &#224; renouer avec la mani&#232;re de voir et de proc&#233;der de Reclus. Ne pourrait-on pas d'ailleurs nous reprocher l'inverse si d'aventure nous tentions de d&#233;velopper une analyse sans signaler explicitement la paternit&#233; de certains concepts ou de certaines d&#233;marches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re de voir le monde et de proc&#233;der de Reclus nous semble, en effet, particuli&#232;rement heuristique, car elle nous conduit &#224; nous r&#233;interroger sur notre propre posture, sur notre propre acception et sur notre propre interpr&#233;tation de la ville, non pas celle d'il y a un si&#232;cle, mais bien de la ville actuelle. Ce faisant, elle nous am&#232;ne &#224; modifier en profondeur notre mani&#232;re de la lire et de la comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa posture, tout d'abord, Reclus nous invite &#224; prendre garde &#224; ceux et &#224; celles qui voudraient ne voir dans la ville qu'un enfer ou un &#233;den. M&#234;me si les villes actuelles ont peu de choses &#224; voir avec les cit&#233;s du pass&#233;, m&#234;me si les m&#233;tropoles contemporaines d&#233;passent tout ce qui avait pu &#234;tre atteint par les Babylone et les Ninive antiques, il nous convie &#224; nous d&#233;fier des pr&#233;jug&#233;s implicites et autres a priori plus ou moins inconscients qui conduisent, tout aussi radicalement et tout aussi sommairement, &#224; c&#233;l&#233;brer la ville ou &#224; la maudire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas l&#224; d'un appel &#224; la mod&#233;ration plus ou moins h&#233;rit&#233; d'un protestantisme mal dig&#233;r&#233; ou d'un appel &#224; la raison cachant mal une foi intangible dans les vertus r&#233;volutionnaires de l'industrialisation et de l'urbanisation. En nous incitant &#224; nous m&#233;fier de ces postulats plus ou moins instinctifs, Reclus nous exhorte, plut&#244;t, &#224; prendre pleinement la mesure que la ville n'est qu'une production et un reflet de la soci&#233;t&#233;. Lorsqu'il rappelle avec insistance que ce n'est pas la ville qui produit, mais les ouvriers, lorsqu'il r&#233;it&#232;re avec une &#233;gale obstination que ce n'est pas la terre qui nourrit, mais les paysans, il souligne que renvoyer &#224; la ville, tant les bienfaits, que les m&#233;faits sociaux ne correspond ni &#224; la r&#233;alit&#233; ni &#224; une innocente figure de style. Cela contribue &#224; ne jamais poser la seule vraie question qui vaille, la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture, qui cherche &#224; lire les rapports sociaux derri&#232;re la ville ne nous invite-t-elle pas, aujourd'hui encore, &#224; r&#233;futer ces probl&#233;matiques de bon aloi qui entendent traiter de quartiers sensibles et autres zones difficiles, pour mieux occulter la v&#233;ritable question des in&#233;galit&#233;s sociales dans la cit&#233; ? Ne nous conduit-elle pas &#233;galement &#224; envisager de fa&#231;on sensiblement diff&#233;rente les questions environnementales ? Lorsque certains nous d&#233;clarent que la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; pollue, ne pourrions-nous pas nous demander, avant d'&#233;mettre un jugement p&#233;remptoire, qui pollue et pourquoi ? Sans parler de ces usines qui crachent leurs fum&#233;es et dont les patrons, apr&#232;s nous avoir exploit&#233;s, cherchent manifestement &#224; nous asphyxier, sommes-nous bien s&#251;r que la pollution automobile renvoie seulement ou essentiellement &#224; des citadins incapables de se d&#233;placer autrement qu'en voiture ? La croissance du trafic automobile n'est-elle g&#233;n&#233;r&#233;e que par une accumulation de comportements individuels ? Cet essor de la mobilit&#233; quotidienne ne nous renvoie-t-il pas &#233;galement, voire davantage &#224; l'&#233;clatement fonctionnel des villes, &#224; cette segmentation qui fait que les diff&#233;rents espaces n&#233;cessaires &#224; la vie quotidienne (travail, habitat, consommation, loisir, &#233;ducation, etc.) tendent &#224; &#234;tre de plus en plus &#233;loign&#233;s les uns des autres ? Et dans cette balkanisation de l'espace urbain, qui implique, du reste, une balkanisation tout aussi forte de nos vies, qui joue un r&#244;le central ? Est-ce la ville ? Est-ce le citoyen lambda ? Ou bien sont-ce les politiques publiques et les strat&#233;gies des grands groupes commerciaux et industriels, c'est-&#224;-dire le pouvoir politique et les d&#233;cideurs &#233;conomiques ? S'il ne s'agit pas ici de r&#233;pondre &#224; ces questions, pour le moins sujettes &#224; d&#233;bat, nous pouvons cependant apercevoir que la posture propos&#233;e par Reclus, mettre les rapports sociaux au centre de nos analyses, peut nous conduire &#224; aborder bien diff&#233;remment les probl&#232;mes urbains et cela y compris les questions environnementales. &#192; notre &#233;poque, cette mise en perspective n'est sans doute pas novatrice, mais est-elle pour autant r&#233;pandue ? Elle pourrait pourtant nous permettre de pointer avec plus de pertinence et les vrais probl&#232;mes, et les v&#233;ritables sources des probl&#232;mes, du moins est-ce notre sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture nous am&#232;ne &#233;galement &#224; reconsid&#233;rer notre mani&#232;re de d&#233;finir la ville, ce qui est moins innocent qu'il n'ypara&#238;t. En nous invitant &#224; lire la soci&#233;t&#233; derri&#232;re la ville, Reclus op&#232;re, de facto, une distinction entre l'une et l'autre, entre l'espace b&#226;ti et le syst&#232;me social sous-jacent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce distinguo, plus fondamental qu'il n'y para&#238;t de prime abord, reprend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela pose, en cons&#233;quence, la question des sp&#233;cificit&#233;s propres &#224; chacun de ces deux termes ainsi que de leurs rapports mutuels ; ces questions &#233;tant loin d'&#234;tre superf&#233;tatoires. Reclus nous dit que la ville est produite par la soci&#233;t&#233; et, &#224; l'inverse, que la premi&#232;re refl&#232;te un syst&#232;me social sous-jacent que nous pouvons d&#233;signer plus simplement sous le terme d'&#034; urbain &#034;. Mais nous pouvons nous interroger sur ce qui les caract&#233;risent et les diff&#233;rencient fondamentalement. Nous pouvons nous demander comment et pourquoi l'urbain secr&#232;te la ville et jusqu'o&#249; et en quoi la seconde refl&#232;te le premier. N'y aurait-il l&#224; qu'une relation imp&#233;rative et univoque ou bien la ville est-elle capable de r&#233;tro-agir sur la source qui lui donne sens et vie ? Et cette ville d'ailleurs refl&#232;te-t-elle tout l'urbain ou bien ne nous en donne-t-elle &#224; voir qu'un aspect seulement et dans ce cas pourquoi ? Reclus ne r&#233;pond ni explicitement, ni implicitement, &#224; ces questions, du moins dans les textes que nous avons pu lire. Mais il ne nous laisse pas totalement d&#233;muni. Sa grille d'analyse et, plus particuli&#232;rement encore, son concept de milieu, peuvent nous &#234;tre d'une aide pr&#233;cieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous prenons un syst&#232;me urbain local quelconque et si nous l'appr&#233;hendons en tant que milieu au sens que Reclus donne &#224; ce concept, c'est-&#224;-dire comme un milieu-temps fonci&#232;rement dynamique et comme un milieu-espace fondamentalement synchronique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Page 112, Reclus &#233;., 1905.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous pouvons dire, en substance, que la soci&#233;t&#233; urbaine, l'urbain, &#233;volueet fonctionne en permanence. Il s'agit tout &#224; la fois d'une organisation et d'un ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'av&#232;re cependant, que ces deux dimensions du milieu, le temps et l'espace, la diachronie et la synchronie, ne se renvoient pas totalement l'une &#224; l'autre. Elles ne se d&#233;veloppent pas dans les m&#234;mes termes, ne poss&#232;dent pas les m&#234;mes contenus et ne r&#233;pondent pas tout &#224; fait aux m&#234;me influx. En tant que ph&#233;nom&#232;ne, un milieu a tendance &#224; &#233;voluer incessamment au gr&#233; des n&#233;cessit&#233;s internes et des stimulations externes. Mais, en tant qu'organisation, il rev&#234;t une certaine inertie, propri&#233;t&#233; indispensable pour maintenir et stabiliser les interactions entre ses diff&#233;rentes composantes ainsi qu'avec l'ext&#233;rieur. N'est-ce pas d'ailleurs gr&#226;ce &#224; ces deux propri&#233;t&#233;s, qu'un milieu ou qu'un syst&#232;me et, en l'esp&#232;ce, un syst&#232;me urbain est capable d'&#233;voluer tout en se reproduisant ? L'hom&#233;ostasie des syst&#232;mes ne se fonde-t-elle pas sur cette &#233;trange capacit&#233; qu'ils ont &#224; marier inertie et dynamique, &#224; permettre l'&#233;volution, d'autant plus lorsqu'elle permet la reproduction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais les propri&#233;t&#233;s attach&#233;es &#224; ces deux dimensions du milieu sont partiellement contradictoires, et c'est sur cette tension dialectique entre &#233;volution et inertie, entre dynamiques urbaines et organisation urbaine, que la ville se fonde et se sp&#233;cifie par rapport &#224; l'urbain. Produite par les dynamiques urbaines, les besoins du moment, les d&#233;cisions contingentes, elle inscrit pourtant dans l'espace la structuration (position relative des fonctions et des groupes sociaux) et l'organisation synchronique de l'urbain (r&#233;seaux de communication mat&#233;rielle et immat&#233;rielle). Elle a, en outre, tendance &#224; les rendre difficilement r&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, telle croissance de la natalit&#233; dans un quartier donn&#233; n&#233;cessitera la construction d'une &#233;cole maternelle,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; puis d'une &#233;cole primaire et ainsi de suite. Mais que faire de la maternelle, une fois les enfants devenus grands ? La d&#233;truire, la d&#233;placer ou laisser les choses en l'&#233;tat ? D&#233;licate question, qui est le plus souvent r&#233;solue par l'absence m&#234;me de d&#233;cision. L'accroissement progressif des distances moyennes entre le domicile et l'&#233;cole conduira m&#233;caniquement au d&#233;veloppement des d&#233;placements motoris&#233;s (deuxi&#232;me source de d&#233;placements en voiture particuli&#232;re en ville), tant pis pour le budget des m&#233;nages, tant pis pour la fatigue des enfants, tant pis pour les bronches des passants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, autre exemple, le d&#233;veloppement des chemins de fer lors du si&#232;cle dernier a donn&#233; lieu &#224; la construction de gares et de lignes que l'on pla&#231;a, fort sagement, &#224; l'ext&#233;rieur des villes. Mais que faire lorsque bien des d&#233;cennies plus tard, la ville a grandi et que cette gare et que cette ligne de chemin de fer coupent en plein le tissu urbain ? Entre les nuisances pour les riverains et le co&#251;t que repr&#233;senterait le d&#233;placement de ces infrastructures, la solution se situe bien souvent dans une augmentation substantielle des ventes de fen&#234;tres &#224; double vitrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville s&#233;dimente, en somme, les d&#233;cisions prises &#224; un moment donn&#233;, en vertu de besoins donn&#233;s. Et ce qui est vrai en mati&#232;re de fonction l'est tout autant en mati&#232;re sociale. Certes, il n'y a plus ici de d&#233;cision d'implantation. La s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale est difficilement r&#233;ductible &#224; la volont&#233; de quelque Big Brother qui assignerait &#224; chacun une place dans la ville en fonction de sa position sociale. Pourtant, les pratiques des groupes sociaux jouent le m&#234;me r&#244;le et la ville ossifie ces choix collectifs tout aussi fortement que s'ils &#233;manaient de la volont&#233; d'un seul. Telle zone occup&#233;e par les classes bourgeoises se produira et se reproduira gr&#226;ce &#224; un filtrage des nouveaux venus, filtrage &#233;conomique bien s&#251;r, mais pas seulement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les travaux de Monique Pincon-Charlot sont tr&#232;s &#233;clairants sur la mani&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tel autre quartier populaire sera &#233;vit&#233; par quiconque y est socialement &#233;tranger et qui peut, &#233;videmment, y &#233;chapper. On a du go&#251;t pour ceux qui ont le m&#234;me go&#251;t que soi, dirait P. Bourdieu, et les pratiques sociales agissent en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept reclusien de milieu nous am&#232;ne ainsi &#224; red&#233;finir fondamentalement notre acception de la ville. Cette derni&#232;re nous appara&#238;t toujours comme &#233;tant un reflet de la soci&#233;t&#233;, mais comme un reflet partiel rendant essentiellement compte de son organisation synchronique. Elle nous appara&#238;t, de plus, comme &#233;tant dot&#233;e d'une ind&#233;niable tendance &#224; ossifier cette organisation et, en cela, comme ayant une formidable capacit&#233; &#224; r&#233;tro-agir sur sa source et, en l'occurrence, &#224; p&#233;renniser le fonctionnement, la structuration et l'organisation de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tablissant physiquement les localisations des fonctions urbaines et des groupes sociaux, la ville mat&#233;rialise la r&#233;partition des diff&#233;rentes composantes de l'urbain &#224; un moment donn&#233;, mais s&#233;dimente &#233;galement et plus fondamentalement encore la segmentation fonctionnelle et la s&#233;gr&#233;gation sociale de l'urbain, &#224; moins de croire que les usines et les logements, que les taudis et les palais soient instantan&#233;ment escamotables ou interchangeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En construisant mat&#233;riellement les possibilit&#233;s de connexion, d'&#233;changes et de communication, la ville inscrit dans l'espace la trame des interactions qui relient entre elles certaines composantes de l'urbain, mais ossifie aussi et plus s&#251;rement encore le sens de ces interactions, &#224; moins de ne pas saisir que le simple trac&#233; d'une route permet tout autant de relier que d'&#233;viter, d'int&#233;grer que de marginaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture propos&#233;e par Reclus nous a conduit &#224; red&#233;finir la ville, et cette nouvelle acception nous am&#232;ne maintenant &#224; nous interroger sur les pratiques qui la produisent concr&#232;tement. Loin d'une simple action sur la forme des choses, sur le cadre de vie et autre qualit&#233; de la ville, ces multiples interventions sur l'habitat, les paysages, les voies de communication, les espaces verts, etc., l'approche reclusienne nous invite &#224; les appr&#233;hender comme autant de vecteurs susceptibles d'influer, en bien ou en mal, consciemment ou non, sur l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher &#224; discerner la signification et la port&#233;e sociale de l'action publique sur la ville est sans doute ce qu'il y a de plus ais&#233;. Bien des recherches ont d&#233;j&#224; soulign&#233; combien cette intervention renvoie g&#233;n&#233;ralement &#224; de v&#233;ritables strat&#233;gies, pes&#233;es et pens&#233;es, pour agir sur la soci&#233;t&#233; &#224; travers l'espace. Ainsi, par exemple, lorsque les pouvoirs publics entreprennent la requalification de tel quartier central d&#233;labr&#233;, ils savent que cela va contribuer &#224; rejeter toujours plus loin en p&#233;riph&#233;rie les populations pauvres qui y habitaient auparavant. Cette politique est bien plus qu'une simple action sur la forme de la ville. Elle a une incidence directe sur la r&#233;partition territoriale des groupes sociaux. Et elle est, en cela, une r&#233;gulation politique de la s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale ou un arbitrage politique, jamais neutre &#233;videmment, quant &#224; l'affectation de l'espace urbain aux diff&#233;rentes classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres recherches ont mis en lumi&#232;re le poids des groupes priv&#233;s dans l'am&#233;nagement urbain et soulign&#233;, avec une certaine impertinence, leur sens social profond. L'appropriation de pans entiers de la ville par les grands groupes de constructeurs &#8211; permise et encourag&#233;e par la puissance publique &#224; travers les proc&#233;dures de ZAC (zones d'am&#233;nagement concert&#233;) &#8211; concourt &#224; soumettre toujours plus fortement l'am&#233;nagement urbain &#224; la loi du march&#233;. Les bureaux font recette, alors qu'on en construise et si possible en plein centre. Ils se vendront plus chers et tant pis si ce centre se vide de toute population, pour se transformer en d&#233;sert d&#232;s la nuit tomb&#233;e. La d&#233;l&#233;gation au priv&#233; des services urbains (eau, transport, etc.) contribue &#233;galement &#224; mercantiliser le fonctionnement de la ville. L'essor des grands centres commerciaux en plein c&#339;ur des villes (Antigone &#224; Montpellier, La Part-Dieu &#224; Lyon, Centre II &#224; Saint-&#201;tienne, etc.) et autres voies pi&#233;tonnes aux terrasses envahissantes contribue, enfin, &#224; une v&#233;ritable privatisation des centres urbains, leur faisant perdre de facto leur valeur d'usage, libre et gratuite, pour ne leur octroyer qu'une valeur v&#233;nale. L'action priv&#233;e sur la ville appara&#238;t ainsi comme une formidable tension visant &#224; la transformer toujours davantage en marchandise, ce qui du reste n'a rien d'&#233;tonnant en syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques publiques et l'intervention des groupes priv&#233;s sur la ville ont une signification et une implication sociales &#233;videntes, mais les tentatives d'intervention des habitants n'en ont-elles pas &#233;galement ? Il ne s'agit pas de sous-entendre que toutes les associations de quartier ont un programme politique cach&#233;, ni qu'elles aient toujours une nette compr&#233;hension du sens social et de l'incidence sociale de leur intervention. Mais pour autant, en sont-elles d&#233;pourvues ? Lorsqu'une association d'habitants, essentiellement locale en l'&#233;tat actuel des choses, se mobilise contre tel projet autoroutier n'est-ce pas avant tout contre le passage de cette autoroute sur ou &#224; proximit&#233; de leurs plates-bandes ? Ne se dissout-elle pas g&#233;n&#233;ralement lorsque le projet est abandonn&#233;... ou simplement report&#233; un peu plus loin ? Compte tenu, enfin, que ces mobilisations environnementales ne sont pas suivies avec un &#233;gal bonheur par toutes les classes sociales, que ces derni&#232;res ont tendance &#224; &#234;tre s&#233;par&#233;es dans la ville et que les manifestations et les p&#233;titions ne suffisent pas bien souvent &#224; faire c&#233;der l'administration, ce type de luttes ne favorise-t-il pas syst&#233;matiquement les beaux quartiers, peupl&#233;s de m&#233;nages sensibles &#224; ces questions et dot&#233;s de &#034; relations &#034; pour p&#233;naliser d'autant les banlieues ouvri&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En derni&#232;re analyse, cette intervention d'habitants, sans doute justifi&#233;e, sans doute sympathique, a un sens social tr&#232;s fort et une implication sociale tout aussi forte, car elle contribue (inconsciemment ou non) &#224; p&#233;renniser et m&#234;me &#224; renforcer les in&#233;galit&#233;s sociales et la s&#233;gr&#233;gation socio-spatiale dans la ville. Il n'y a pour s'en convaincre qu'&#224; observer l'indubitable propension des belles p&#233;riph&#233;ries urbaines &#224; conserver un calme et un agr&#233;ment quasi campagnard tandis que s'amoncellent, sur les marges populaires, les usines, les ZUP, les autoroutes et autres TGV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche d'inspiration reclusienne nous conduit, en somme, &#224; d&#233;velopper ou plus modestement &#224; red&#233;velopper une analyse radicale quant au sens social de l'action des autres, du pouvoir politique (toujours maudit &#233;videmment), des lobbies &#233;conomiques, toujours en qu&#234;te d'un sou suppl&#233;mentaire et des collectifs d'habitants toujours trop localistes ou trop mod&#233;r&#233;s. Mais cela nous am&#232;ne &#233;galement &#224; nous interroger sur notre action ou, pour &#234;tre plus exact, sur nos possibilit&#233;s d'intervention en la mati&#232;re. La complexit&#233; des choses, la nature fonci&#232;rement ambigu&#235; de la ville doit-elle nous inviter &#224; ne rien faire et &#224; d&#233;clarer, en substance, qu'il s'agit l&#224; sans doute d'un enjeu d'importance, mais d'un enjeu, pour l'heure, trop dangereux, incapables que nous serions de ma&#238;triser les possibles effets pervers, que nos actions pourraient engendrer ? Nous ne le pensons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous invite cette d&#233;marche, et derri&#232;re elle son inspirateur, n'est s&#251;rement pas &#224; l'inaction. Sans avoir la pr&#233;tention de r&#233;soudre tous les probl&#232;mes th&#233;oriques, strat&#233;giques et tactiques, elle nous invite au contraire &#224; agir mais en pla&#231;ant le social avant le spatial, l'urbain avant la ville, afin de pointer les v&#233;ritables questions de fond souvent masqu&#233;es derri&#232;res des apparences formelles. Elle nous convie aussi &#224; ne pas s&#233;parer l'agir local et la pens&#233;e globale, mais &#224; promouvoir une pens&#233;e et une action coh&#233;rente, une pens&#233;e sociale et une action sociale. Et &#224; regarder la ville et ses populations, &#224; voir cro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s et se d&#233;t&#233;riorer les conditions de vie, nous avons la faiblesse de croire que cette posture peut, au minimum, nous donner &#224; r&#233;fl&#233;chir et nous offrir quelques inspirations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre des pratiques actuelles, jamais exemptes de critique &#233;videmment, comme au Br&#233;sil, avec les budgets participatifs qui permettent aux populations de se r&#233;approprier une partie du nerf de la guerre, en Italie aussi, avec la f&#233;d&#233;ration municipale de base qui pose une planification urbaine d&#233;cid&#233;e par l'ensemble des habitants, en France encore, comme &#224; Merlieux, o&#249; l'action collective permet, bon an, mal an, d'aller vers une gestion plus collective de la commune, ou en Grande-Bretagne, enfin, avec ces comit&#233;s de quartier qui emp&#234;chaient physiquement les basses &#339;uvres des huissiers au moment de la Pol Taxe, tous ces exemples, jamais totalement exemplaires bien s&#251;r, ne sont-ils pas aussi en mesure sinon de r&#233;pondre &#224; toutes nos questions, du moins &#224; nous aider &#224; &#233;laborer quelques pistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Boino&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment dans la revue &lt;i&gt;H&#233;rodote&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En l'occurrence, celle de B&#233;atrice Gibblin, actuelle directrice de publication de la revue H&#233;rodote.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De celui de Bruxelles en 1986 &#224; celui de Sainte-Foy-la-Grande en 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des extraits de &lt;i&gt;L'Homme et la Terre&lt;/i&gt;, mais aussi &lt;i&gt;Histoire d'un ruisseau&lt;/i&gt; ou encore &#034; L'&#233;volution des villes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour le g&#233;ologue am&#233;ricain J. O. Berkland, Reclus est un des tous premiers partisans de la d&#233;rive des continents ; pour H. Nicola&#239;, de l'Universit&#233; libre de Bruxelles, il aurait soulign&#233;, avec beaucoup d'acuit&#233; que certaines formes de relief actuelles sont h&#233;rit&#233;es des glaciations pass&#233;es ; pour le Russe Anuchin, il aurait fond&#233; le concept d'&#034; environnement g&#233;ographique &#034; ; pour G. Dunbar, ce serait l'inventeur de la g&#233;ographie sociale ; pour Y. Lacoste, enfin, il s'agirait du premier g&#233;opoliticien et m&#234;me du v&#233;ritable fondateur de la g&#233;ographie scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le tome II de sa &lt;i&gt;G&#233;ographie universelle&lt;/i&gt;, celui consacr&#233; &#224; la France, nous trouvons pas moins de 25 gravures et 77 plans de ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il utilisa abondamment les densit&#233;s pour mesurer et comparer l'intensit&#233; r&#233;elle et non pas fantasm&#233;e de la concentration urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les analyses comparatives &#233;taient peu courantes &#224; l'&#233;poque. Elles ne se d&#233;velopperont que bien plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De janvier &#224; f&#233;vrier 1851, ce qui relativise l'importance que certains s'&#233;vertuent &#224; donner &#224; ces cours dans la formation intellectuelle du jeune Reclus&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Page 98, NGU, tome I.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette id&#233;e d'une humanit&#233; se soustrayant progressivement aux contraintes naturelles nous renvoie, et pour cause, &#224; celle d&#233;velopp&#233;e par Bakounine. Sur ce sujet, le lecteur peut se reporter &#224; l'excellent commentaire de Gaston Leval : la Pens&#233;e constructive de Bakounine, Paris,1976, Spartacus, 272 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Recherches de terrain minutieuses, analyse des r&#233;sultats, formation d'hypoth&#232;ses, retour au terrain pour confronter ces derni&#232;res &#224; la r&#233;alit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Recherche des d&#233;terminants g&#233;n&#233;raux et non des particularit&#233;s locales ou des sp&#233;cifit&#233;s exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce distinguo, plus fondamental qu'il n'y para&#238;t de prime abord, reprend d'ailleurs l'id&#233;e &#233;mise quelques ann&#233;es plus t&#244;t par Fustel de Coulanges dans son &#233;tude du monde gr&#233;co-romain lorsqu'il diff&#233;renciait, lui aussi, polis et civitas, la soci&#233;t&#233; urbaine (l'urbain) et son domicile (la ville).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Page 112, Reclus &#233;., 1905.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les travaux de Monique Pincon-Charlot sont tr&#232;s &#233;clairants sur la mani&#232;re dont les classes bourgeoises assurent le reproduction de leur domination sur les beaux quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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